#39 - Pascal Ondarts

à la force du poignet - Le salut par le travail

1h16
Pascal Ondarts, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#39 - Pascal Ondarts, à la force du poignet - Le salut par le travail
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Imaginer qu’un garçon qui n’a jamais pratiqué le rugby avant ses 22 ans puisse devenir international et disputer une finale de Coupe du monde relève presque de l’impossible. C’est pourtant le parcours de Pascal, l’un des piliers les plus redoutés du rugby français des années 1980. Derrière son impressionnante réputation se trouve un homme profondément attaché à ses racines basques, dont la réussite doit autant à une force de travail exceptionnelle qu’à une volonté permanente de relever les défis.

Né en 1956 à Méharin, au cœur du Pays basque, il est l’avant-dernier d’une fratrie de sept enfants. Ses parents sont agriculteurs et, dans l’exploitation familiale, chacun participe aux travaux quotidiens. Pascal grandit entouré de ses frères et sœurs, de ses grands-parents et de ses oncles et tantes, dans un environnement où le travail occupe une place centrale.

À 19 ans, il quitte son village pour trouver un emploi à Bayonne. Formé au métier de forgeron, il est embauché par un patron qui apprécie justement qu’il ne joue pas au rugby, craignant que les blessures ou les troisièmes mi-temps n’interfèrent avec les exigences de son atelier. À cette époque, le ballon ovale ne l’intéresse absolument pas.

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Un destin forgé par le travail

C’est finalement son mariage qui va bouleverser cette existence bien organisée. Habitué à retourner travailler à la ferme familiale pendant ses week-ends, Pascal découvre que son épouse préférerait le voir profiter un peu de son temps libre.

Jusqu’à mon mariage, je n’avais jamais vu un match de rugby, pas même à la TV. C’est ma femme qui m’a suggéré de commencer à jouer.

Pascal Ondarts · Épisode 39 de La Cravate

Il rejoint alors une équipe tout juste créée à Bidart, dans laquelle évoluent notamment des joueurs de pelote basque. Le club ne possède pas encore de terrain et bénéficie du soutien du Biarritz Olympique, qui lui permet d’utiliser ses installations.

L’aventure prend rapidement une tournure inattendue. Après seulement quelques mois de rugby, Serge Noguès, l’entraîneur de Bidart, lui suggère de tenter sa chance au BO. Pascal accepte et découvre presque immédiatement la première division, passant en une même saison de la quatrième série au plus haut niveau national !

Sa progression impressionne, mais il lui reste énormément à apprendre. Un entraîneur de Biarritz, Jeannot Sala, lui fait notamment comprendre qu’il devra travailler considérablement sa condition physique s’il souhaite poursuivre son ascension.

Plutôt que de se décourager, Pascal décide de faire de cette remarque une source de motivation. Il s’entraîne sans relâche, multiplie les efforts et se construit progressivement une condition physique qui lui permettra de rivaliser avec les meilleurs piliers du championnat, malgré un gabarit moins imposant que celui de certains de ses adversaires.

La force des grandes aventures

Dès 1978, sa progression lui ouvre les portes de France B. Mais il lui faudra patienter encore plusieurs années avant de rejoindre le XV de France, dans une période où la concurrence en première ligne est particulièrement relevée.

C’est finalement en 1986, à 30 ans, qu’il honore sa première sélection face à la Nouvelle-Zélande. Une consécration tardive qui récompense des années d’efforts et inaugure une aventure internationale particulièrement riche.

L’année suivante, Pascal participe au Grand Chelem remporté par les Bleus dans le Tournoi des Cinq Nations, avant de s’envoler pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande afin de disputer la première Coupe du monde de rugby.

Il y vit des moments qui resteront parmi les plus marquants de sa carrière, notamment cette incroyable demi-finale face à l’Australie, conclue par le célèbre essai de Serge Blanco dans les dernières minutes. Pour arracher leur qualification, les Français livrent une bataille extraordinaire, dans laquelle les avants jouent un rôle essentiel. Aux côtés de Jean-Pierre Garuet et Daniel Dubroca, Pascal appartient à cette première ligne dont la puissance et la solidarité ont marqué toute une génération.

En finale, les Bleus retrouvent les All Blacks, qui s’imposent devant leur public. Malgré la déception, cette première édition de la compétition mondiale demeure une expérience exceptionnelle pour les joueurs français, unis par des liens qui perdureront bien au-delà de leur carrière.

Pascal totalisera finalement 42 sélections sous le maillot tricolore. Ses années internationales lui permettent de nouer des amitiés profondes avec plusieurs de ses coéquipiers, notamment au sein d’une première ligne qui a marqué l’histoire du rugby français.

Au Biarritz Olympique, il poursuit parallèlement son parcours avec la même fidélité. Malgré les possibilités qui auraient pu s’offrir à lui ailleurs, il reste attaché à son club et refuse de quitter ce Pays basque qui représente bien davantage qu’un simple lieu de résidence.

L’énergie d’entreprendre

Si le rugby lui a offert une carrière qu’il n’aurait jamais osé imaginer, Pascal n’a jamais considéré le sport comme une raison d’abandonner ses activités professionnelles.

Après ses premières années comme forgeron, il travaille notamment à la Lyonnaise des Eaux et développe progressivement plusieurs affaires dans l’hôtellerie-restauration. Un univers qui lui correspond parfaitement, tant il apprécie le contact humain et les responsabilités qu’implique la gestion d’une entreprise.

Au fil des années, il crée et développe plusieurs établissements, faisant preuve d’une énergie au moins comparable à celle qu’il déployait sur les terrains. Son expérience lui apprend à prendre des risques, à saisir les opportunités et à s’adapter aux difficultés, sans jamais compter ses heures.

Même lorsque sa carrière de joueur touche à sa fin, il conserve ce goût du défi. Après avoir quitté l’équipe première du BO, il continue quelque temps à jouer en réserve, retrouvant dans cette pratique plus détendue le plaisir de partager des rencontres avec ses camarades.

Il finit par raccrocher définitivement les crampons à 40 ans, cette fois encore sur les conseils de son épouse, qui avait déjà été à l’origine de ses premiers pas dans le rugby !

À travers ses différentes activités, Pascal est resté fidèle aux principes transmis par sa famille : le travail, le sérieux, la persévérance et l’attachement à ses proches. Il n’a jamais cherché à quitter sa région pour courir après de nouvelles opportunités, préférant construire sa vie et ses entreprises sur cette terre basque qui lui est si chère.

C’est dans son restaurant Le Royalty, à Biarritz, que nous nous sommes retrouvés pour cet entretien. Un lieu qui raconte lui aussi son goût d’entreprendre, et un cadre idéal pour écouter les souvenirs de ce personnage hors du commun.

J’ai passé un excellent moment en sa compagnie. Derrière le pilier redoutable que tant d’adversaires ont affronté, j’ai découvert une personnalité entière, généreuse et profondément attachée à sa famille comme à ses anciens coéquipiers.

Son histoire rappelle que les parcours les plus extraordinaires ne sont pas toujours ceux que l’on a préparés depuis l’enfance. Parfois, une simple suggestion de son épouse suffit à changer le cours d’une vie, à condition d’avoir la volonté et le courage de saisir cette occasion. Et de ce point de vue, Pascal n’a certainement jamais manqué de détermination.

Bonne écoute !

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