Chez Christian, tout semble avoir été affaire de choix. Pas forcément les plus évidents, ni ceux qu’on aurait attendus d’un international français, mais les siens. Le foot aurait pu l’emmener ailleurs, le rugby aussi, et pourtant il est toujours resté profondément attaché à ses Landes.
Enfant de Pouydessaux, il grandit à la campagne, fils unique, avec un ballon de foot et un lance-pierre jamais très loin. Très doué balle au pied, il attire l’attention des Girondins de Bordeaux, qui lui proposent de les rejoindre. Christian refuse. Quitter son coin ne l’intéresse pas vraiment.
Le rugby arrive plus tard, à l’occasion d’un match avec son lycée. Il rejoint ensuite le Stade Montois et tout s’accélère. Encore junior, il joue déjà avec l’équipe première et se retrouve très vite aux portes du XV de France.
Un ailier lancé à pleine vitesse
Un gros match disputé à Colombes face au Racing attire les regards et lui ouvre rapidement les portes de l’équipe de France. Christian s’installe à l’aile, où sa vitesse et son sens de l’essai font des ravages. Véritable finisseur, il a longtemps détenu le record du nombre d’essais inscrits avec le XV de France. Au total, il portera quarante fois le maillot bleu tout en restant fidèle au Stade Montois.
Avec les Jaune et Noir, il traverse l’une des plus belles périodes du club, remporte trois Challenges Yves du Manoir et devient champion de France en 1963. À travers ses souvenirs, c’est tout un rugby qui réapparaît : celui des grands déplacements, des stades pleins, des rencontres internationales jouées dans un contexte très différent d’aujourd’hui, mais aussi d’une époque où Dax, Lourdes, Mont-de-Marsan ou Béziers occupaient le devant de la scène.
Et c’est probablement ce qui rend cet échange si particulier. Christian appartient à une génération dont les témoins deviennent forcément de plus en plus rares. Il raconte ce rugby avec ses mots, ses souvenirs, parfois ses hésitations, mais toujours avec cette mémoire très vivante des hommes, des lieux et des habitudes d’alors. Son témoignage a quelque chose de précieux parce qu’il ne raconte pas une époque apprise dans les livres : il l’a vécue.
« J’essaie de me concentrer sur les situations pour lesquelles je peux avoir une influence. J’évite de trop réfléchir au reste, car quoi que j’en pense ça ne changera rien. »
Cette manière de voir les choses lui ressemble beaucoup. Même au plus haut niveau, Christian n’a jamais laissé le rugby décider de tout. La chasse prend une place immense dans sa vie, au point de refuser une sélection en équipe de France parce que les premiers passages de bécasses arrivent. Plus tard, lorsqu’il quitte Mont-de-Marsan, il continue encore à jouer à Roquefort, notamment parce que cela lui permet de rester près de chez lui et d’organiser sa vie comme il l’entend.
Les Landes avant tout
Christian est resté toute sa vie dans les Landes, profondément attaché à ce coin qu’il n’a jamais vraiment eu envie de quitter. La chasse y a toujours occupé une place importante, comme sa famille, ses habitudes et tout ce qui constitue finalement son équilibre.
Pendant l’échange, il revient sur les grands joueurs qu’il a côtoyés, les tournées, les matchs internationaux, les rivalités de l’époque, mais aussi sur des souvenirs beaucoup plus personnels. C’est justement ce mélange qui donne toute sa valeur à son témoignage : celui d’un homme qui a connu de l’intérieur un rugby aujourd’hui très lointain, et qui en garde une foule d’images, de noms et d’anecdotes.
J’ai passé un magnifique moment avec Christian. J’ai adoré son humour, son caractère et cette façon très libre de raconter sa vie. Mais j’ai surtout mesuré la chance de pouvoir recueillir la parole d’un homme de cette génération, qui a connu une époque du rugby français dont les témoins deviennent forcément de plus en plus rares. Je suis très fier de pouvoir conserver et partager ce témoignage.
Bonne écoute !