À Riscle, Christophe grandit avec ses treize frères et sœurs dans une famille d’agriculteurs où chacun participe à la vie de l’exploitation.
Né à Marcq-en-Barœul, près de Lille, il est encore enfant lorsque ses parents s’installent dans le Gers. À la maison, le travail occupe une place centrale et chacun des enfants se voit confier des responsabilités. Christophe se souvient notamment de la corvée de bois, puis du potager familial dont il devient responsable.
Le sport est alors très loin de son quotidien. Il raconte même qu’enfant, il ignore qu’un club de rugby existe à Riscle. C’est à Garaison, où il est pensionnaire, qu’il découvre le ballon ovale vers douze ans. Quelques années plus tard, un voisin agriculteur doit insister auprès de sa mère pour qu’elle accepte enfin qu’il prenne une licence au club du village.
Christophe a alors quinze ou seize ans et commence directement avec les adultes, faute d’équipes de jeunes. Il se fait rapidement remarquer et attire notamment l’attention de plusieurs grands clubs. À dix-huit ans, il choisit finalement le FC Lourdes.
Une décennie à Lourdes
À Lourdes, Christophe commence cette fois chez les juniors et apprend véritablement le rugby. Il profite notamment de l’expérience d’Henri Domecq et de Michel Crauste, avant de se rapprocher rapidement de l’équipe première.
La concurrence est forte, mais il parvient progressivement à s’imposer en troisième ligne. Pendant près de dix ans, il va vivre une période importante de l’histoire du club, en devenir capitaine et se construire une solide réputation sur les terrains.
Cette vie de rugbyman reste pourtant étroitement liée à celle de l’exploitation familiale. À la mort de sa mère, Christophe est encore joueur à Lourdes lorsqu’il doit prendre davantage de responsabilités dans la ferme. Avec ses frères, il développe ensuite une organisation collective permettant à chacun de travailler sur sa propre exploitation tout en mutualisant du matériel et une partie des moyens.
Le rugby et l’agriculture avancent ainsi ensemble pendant une grande partie de sa vie.
Le retour à Riscle
En 1979, Christophe quitte Lourdes et revient jouer dans son village.
Le contraste est important, mais le projet lui plaît. À Riscle, il retrouve un club évoluant beaucoup plus bas dans la hiérarchie et une aventure dans laquelle il va pouvoir s’investir pleinement.
Les années suivantes vont devenir les « Dix Glorieuses » de la Jeunesse Sportive Riscloise. Le club gravit les échelons jusqu’à rejoindre la première division, avec Christophe sur le terrain puis dans un rôle d’entraîneur-joueur.
Il joue jusqu’à presque quarante ans et accompagne ainsi une grande partie de cette progression. Cette aventure collective occupe une place particulière dans son parcours, parce qu’elle se déroule chez lui, avec des hommes qu’il connaît depuis longtemps et autour d’un club profondément lié à la vie du village.
Rassembler bien au-delà du rugby
L’engagement de Christophe ne se limite déjà plus depuis longtemps aux terrains.
À seulement vingt-quatre ans, il entre au conseil municipal de Riscle. Son activité d’agriculteur l’amène également à s’investir dans le monde coopératif, où il va progressivement prendre des responsabilités de plus en plus importantes.
Au fil des années, il s’engage dans plusieurs structures agricoles et participe à leur développement, avec une idée qui revient souvent dans notre échange : réunir les personnes et les moyens permet d’aller plus loin que lorsqu’on agit seul.
Cette manière de fonctionner rappelle forcément ce qu’il a vécu avec ses frères sur leurs exploitations, puis dans le rugby. Christophe aime les projets collectifs, les structures capables de se rapprocher et les personnes qui acceptent de travailler ensemble.
En 2014, il devient maire de Riscle, près de quarante ans après son entrée au conseil municipal. Il est réélu en 2020 et continue, au moment de notre rencontre, à consacrer une grande partie de son temps à son village.
« Mon credo, tant dans le sport qu’au niveau professionnel et politique, a toujours été de tendre à fédérer et rassembler pour progresser collectivement. »
À 72 ans lorsque nous enregistrons cet épisode, Christophe continue d’ailleurs à regarder vers l’avenir. Il le dit très clairement dans notre échange : il n’est pas de ceux qui considèrent que tout était mieux avant. Ce qui l’intéresse davantage, c’est ce qui peut encore évoluer, être amélioré ou construit.
J’ai vraiment été impressionné par tout ce qu’il a entrepris. Derrière le joueur que les amateurs de rugby de cette génération connaissent bien, j’ai découvert un homme qui a consacré une immense partie de sa vie à s’engager pour les autres, dans des univers très différents.
Nous avons échangé pendant près de trois heures et j’ai trouvé la conversation d’une richesse rare. Rugby, agriculture, famille, vie locale, responsabilités professionnelles et associatives : Christophe a énormément vécu et raconte tout cela avec l’expérience d’un homme qui, à 72 ans, continue d’aller de l’avant.
Je suis vraiment fier de vous partager ce long échange et certain que vous saurez l’apprécier à sa juste valeur.
Bonne écoute !