À Rieumes, petite commune de Haute-Garonne où Guillaume passe son enfance, le rugby fait partie du quotidien. Dans la cour de l’école, le ballon est déjà ovale et les parties improvisées se prolongent sur la place du village, au grand désespoir de quelques automobilistes dont les carrosseries font parfois les frais de l’enthousiasme des gamins !
C’est à 7 ans qu’il rejoint enfin ses copains à l’école de rugby du Sporting Club Rieumois, où il découvre des éducateurs dont il conservera un excellent souvenir. Plutôt observateur et peu bavard au premier abord, Guillaume possède pourtant un sacré tempérament et n’hésite pas à dire ce qu’il pense lorsqu’il estime avoir quelque chose à défendre.
Issu d’une famille modeste, il grandit auprès de parents qui l’encouragent dans ses ambitions sportives tout en lui rappelant l’importance des études. Une préoccupation qu’il conservera tout au long de sa carrière, conscient que le rugby ne pourra pas constituer son unique horizon. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Du village aux grandes écuries
À 15 ans, ses qualités attirent l’attention de Robert Labatut, recruteur du Stade Toulousain, qui lui ouvre les portes du club rouge et noir. Guillaume quitte alors Rieumes pour poursuivre sa formation à Toulouse, où il intègre également la structure de Jolimont tout en préparant un cursus technique.
Sa progression lui permet de découvrir l’équipe première, mais la concurrence est particulièrement relevée et il refuse de sacrifier ses études pour un avenir sportif encore incertain. Il obtient ainsi un BTS en domotique avant de rejoindre le Biarritz Olympique, où Patrice Lagisquet lui offre la possibilité de s’affirmer au plus haut niveau.
Au Pays basque, Guillaume découvre un vestiaire peuplé de grands joueurs et prend rapidement sa place dans un effectif qui nourrit de fortes ambitions. Les blessures et les négociations contractuelles lui font toutefois découvrir d’autres réalités du professionnalisme, parfois bien éloignées de l’insouciance de ses premières années.
Il poursuit ensuite sa carrière à Bourgoin-Jallieu, où ses performances lui permettent de connaître l’immense fierté d’une sélection avec le XV de France. Une récompense qui vient couronner plusieurs années de travail et une progression construite loin des parcours les plus évidents.
Les revers d’un métier
Après Bourgoin, Guillaume rejoint le Stade Français, puis le Racing Métro et enfin Oyonnax, où il achève sa carrière en 2016. Autant d’expériences qui lui permettent de côtoyer de grands entraîneurs et de connaître différentes façons de concevoir le rugby, mais aussi de mesurer à quel point les relations humaines peuvent parfois devenir difficiles dans un environnement aussi concurrentiel.
Il évoque notamment son passage sous les ordres de Fabien Galthié au Stade Français, dont il reconnaît les grandes compétences techniques tout en portant un regard nettement plus critique sur certaines méthodes de management. D’autres épisodes viennent nourrir cette désillusion et le laissent parfois avec le sentiment que les joueurs ne sont pas suffisamment considérés au-delà de leurs performances immédiates.
Guillaume ne cherche d’ailleurs pas à masquer les moments où il a douté, ni les difficultés personnelles et professionnelles qu’il a dû surmonter. Il raconte cette réalité avec une franchise qui donne tout son intérêt à notre conversation, sans prétendre que le rugby n’aurait été pour lui qu’une succession de déceptions.
Son regard sur l’évolution du jeu est tout aussi affirmé. Attaché à un rugby de mouvement et d’évitement, il regrette la place croissante accordée à l’affrontement physique et s’inquiète des conséquences de cette évolution sur les joueurs.
Construire sa deuxième vie
Lorsqu’il raccroche les crampons, Guillaume doit trouver ses marques dans un quotidien qui ne ressemble plus à celui qu’il a connu pendant près de vingt ans. Son intérêt pour les métiers techniques et les études qu’il avait tenues à poursuivre lui permettent cependant d’envisager une reconversion dans l’ingénierie.
Cette nouvelle étape n’a rien d’une simple formalité. Après les désillusions et les obstacles accumulés, il lui faut retrouver une place dans un univers professionnel dont les règles sont bien différentes de celles du rugby. Mais Guillaume s’y investit avec détermination et découvre aussi la satisfaction de construire quelque chose qui lui appartient pleinement.
Je pense qu’il devrait y avoir une vraie aide, un accompagnement du joueur après sa carrière.
Guillaume Boussès · Épisode 20 de La Cravate
Au fil de notre échange, il revient sur le manque de préparation de certains joueurs à l’après-rugby et sur le rôle que les clubs pourraient jouer pour faciliter cette transition. Une question qui lui tient particulièrement à cœur, puisqu’il a lui-même mesuré combien il pouvait être difficile de se reconstruire après une carrière professionnelle.
C’est à Paris que nous nous sommes retrouvés pour cet entretien, au cours duquel Guillaume s’est confié sans détour sur les différentes étapes de sa carrière, les difficultés rencontrées et les enseignements qu’il en a tirés.
J’ai beaucoup apprécié sa franchise et la liberté avec laquelle il aborde des sujets parfois délicats. Son témoignage nous plonge dans les coulisses d’un rugby professionnel qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux, mais dont les épreuves ont aussi contribué à façonner l’homme qu’il est devenu. Je suis vraiment heureux d’avoir pu recueillir et partager son histoire.
Bonne écoute !