Henry n’a pas grandi avec l’idée fixe de devenir rugbyman professionnel. Dans une famille très marquée par l’armée, il s’imaginait même plutôt suivre cette voie-là.
Né à Strasbourg, il passe une partie de son enfance entre la région parisienne, Nîmes et Djibouti au gré des affectations de son père, officier dans la Légion étrangère. Il commence le rugby à 9 ans à Nîmes, davantage pour le plaisir de retrouver les copains que pour nourrir de grandes ambitions, puis arrive deux ans plus tard au Racing.
Il ne le sait évidemment pas encore, mais il vient de rejoindre le club dont il deviendra, au fil des années, l’une des figures emblématiques.
Henry grandit avec les Ciel et Blanc, traverse toutes les catégories de jeunes et développe très tôt un attachement profond à cette maison. Même lorsque ses générations ne dominent pas forcément les compétitions, il reste, parce que ses amis sont là et que ses racines commencent déjà à s’y installer.
À 19 ans, alors que le Racing évolue encore en Pro D2, une blessure dans le groupe professionnel lui ouvre une première porte. Henry se retrouve appelé pour un match face à Aurillac et entre en jeu avec un sourire qu’il n’arrive même pas à cacher. Quelques mois plus tard, il fait déjà pleinement partie de l’aventure.
Grandir avec le Racing
La saison suivante, Henry s’installe réellement dans l’effectif. Il joue une vingtaine de matchs dans une équipe bâtie pour retrouver l’élite, entouré de joueurs comme Agustín Pichot, Andrew Mehrtens, Lionel Nallet ou encore Sébastien Chabal. Le Racing devient champion de Pro D2 en 2009, avant d’entamer une nouvelle ère au plus haut niveau.
La progression est spectaculaire. Le club qui luttait quelques années plus tôt pour survivre en deuxième division s’installe durablement parmi les meilleures équipes françaises, et Henry devient peu à peu l’un des rares à avoir connu toutes les étapes de cette transformation.
Il traverse les changements d’entraîneurs, l’arrivée de nombreuses stars, les campagnes européennes, les phases finales à répétition et les grandes déceptions. Au milieu de tout cela, il reste toujours là, avec une régularité et une fidélité devenues rares à ce niveau.
Le point culminant arrive en 2016 avec le titre de champion de France. Henry fait partie des hommes forts de cette équipe et décroche enfin un Brennus avec le club qu’il a rejoint enfant. Cette même fidélité lui permet aussi de jouer le rôle de trait d’union entre les générations, entre les joueurs formés au club et ceux venus de tous horizons.
« Je suis très fier de faire ma carrière au Racing. Je sais que je dois beaucoup à ce club et j’essaie d’accompagner les jeunes comme les anciens m’ont guidé à l’époque. »
Cette manière de transmettre tient une place importante chez lui. Henry parle souvent de ceux qui l’ont aidé lorsqu’il était jeune, de Pierre Berbizier bien sûr, mais aussi de tous les joueurs plus expérimentés avec lesquels il a appris son métier. À son tour, il essaie de faire vivre la même chose aux plus jeunes.
Durer sans se lasser
Sa carrière ne se résume pourtant pas au Racing. Henry est appelé avec le XV de France, porte également le maillot des Barbarians et en devient même capitaine, une reconnaissance à laquelle il accorde beaucoup d’importance tant les Babas attachent de valeur à l’état d’esprit des joueurs qu’ils choisissent.
Ce qui impressionne surtout, c’est sa capacité à durer. Au moment de notre échange, Henry porte les couleurs du Racing depuis plus de vingt ans et évolue toujours au plus haut niveau, sans avoir perdu le goût de venir s’entraîner chaque matin.
Il explique d’ailleurs assez simplement ce qui lui a permis de tenir aussi longtemps : ne jamais oublier que le rugby reste avant tout un jeu. Garder du plaisir, continuer à aimer l’entraînement, les matchs et la vie avec les copains, même lorsque les saisons deviennent plus longues et que le corps réclame davantage d’attention.
Cette longévité tient aussi beaucoup à son caractère. Henry est discret, très discipliné, attaché à sa famille et à une certaine idée de l’engagement. Il parle avec beaucoup de respect des personnes qui l’ont accompagné et semble toujours très conscient de ce qu’il doit au club qui lui a permis de construire sa carrière.
Nous enregistrons cet épisode au centre d’entraînement du Racing, au Plessis-Robinson, dans un lieu où se croisent justement les professionnels et les jeunes du club. Pour Henry, qui a connu le Racing bien avant les installations actuelles et qui a grandi sous ce maillot, le symbole est assez évident.
J’ai vraiment beaucoup aimé cette rencontre. Henry est exactement le genre de personne que son parcours pouvait laisser imaginer : discret, posé, extrêmement fidèle et très attaché aux valeurs de travail et de famille. Derrière le joueur immense du Racing, j’ai surtout trouvé quelqu’un de simple, droit et profondément reconnaissant envers tous ceux qui ont compté dans son histoire.
Bonne écoute !