#114 – Louis Guinle

Acteur de son époque – La vie du bon côté

1h59
Louis Guinle, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#114 - Louis Guinle, acteur de son époque - La vie du bon côté
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Quand je m’installe face à Louis, il a 96 ans et près d’un siècle de souvenirs à raconter. Il est né à Lourdes dans l’entre-deux-guerres, a connu le rugby bien avant qu’il ne devienne professionnel et a été l’un des acteurs de la plus grande période de l’histoire du FC Lourdes. Pourtant, il suffit de quelques minutes avec lui pour comprendre que cet épisode ne se résumera pas aux six Boucliers de Brennus posés sur son CV.

La mémoire est encore là, la répartie aussi. Une question suffit parfois à faire ressurgir une histoire vieille de plusieurs décennies, avec les copains, les matchs, le travail ou la vie à Lourdes. Il peut même raconter comment, bien après sa propre carrière, une tournée des marchés pour la boucherie familiale l’a conduit à jouer un rôle dans l’arrivée au club d’un certain Jean-Pierre Garuet. Avec lui, le rugby se mélange constamment à la vie quotidienne.

Louis grandit dans une famille de bouchers. Son père travaille derrière l’étal, sa mère tient la caisse et lui-même rejoindra ensuite l’entreprise familiale. Lorsqu’il veut commencer le rugby, son entrée au Football Club Lourdais n’est pourtant pas immédiate. Les juniors ne s’intéressent pas vraiment à lui et il part jouer au football à l’Étoile Notre-Dame de Lourdes. Il faut attendre la restructuration des équipes de jeunes du FCL pour qu’il retente sa chance. Cette fois, la porte s’ouvre et son équipe devient championne d’Armagnac-Bigorre.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Le Grand Lourdes raconté de l’intérieur

La suite le place au cœur d’une période exceptionnelle. Il s’installe en deuxième ligne dans cette équipe de Lourdes qui va dominer une partie du rugby français, avec notamment Jean Prat. Jusqu’à la fin de sa carrière en 1960, son palmarès s’enrichit de deux Coupes de France, trois Challenges Yves du Manoir et six Boucliers de Brennus.

Derrière ces titres se cache pourtant une réalité très différente de celle des joueurs d’aujourd’hui. Le rugby occupe une place immense dans sa vie, mais il ne la dispense jamais de travailler. La boucherie familiale est là tous les jours et son père ne plaisante pas avec ça. Même lorsqu’une finale s’est terminée quelques heures plus tôt, il faut reprendre sa place au travail. Le contraste entre les exploits du dimanche et le retour à la boucherie dès le lendemain matin raconte à lui seul une bonne partie du rugby de cette époque.

C’est ce qui rend son témoignage aussi précieux. Au fil de notre échange, ce ne sont pas seulement des matchs et des titres qui reviennent, mais toute une manière de vivre le rugby. Les entraînements, les déplacements, les relations entre les joueurs, les dirigeants, les sélections, les fêtes et les obligations professionnelles faisaient partie d’un même quotidien.

Malgré la domination de Lourdes et son importance dans le pack, il ne connaîtra jamais le XV de France. Son parcours aurait pu nourrir quelques regrets, mais ce n’est vraiment pas ce qui ressort de notre conversation. À 96 ans, il semble bien plus intéressé par tout ce qu’il a vécu que par ce qu’il aurait pu vivre.

La vie du bon côté

Car le rugby ne représente finalement qu’une partie de son histoire. Après avoir raccroché les crampons, la vie a continué, toujours très attachée à Lourdes et à sa famille. Il a poursuivi son métier de boucher, avant que son fils Marc ne reprenne à son tour l’activité. La chasse et la pêche ont également occupé une grande place dans son quotidien.

Et puis il y a sa façon de regarder toutes ces années. Louis a traversé des transformations considérables, dans le rugby comme en dehors, sans donner l’impression de s’être enfermé dans l’époque qui a fait sa gloire. Il raconte le passé avec plaisir, mais reste curieux du présent et du monde qui l’entoure.

« La vie est trop courte ! Il faut savoir profiter de chaque moment et ne pas s’emmerder pour des bêtises. »

Cette rencontre compte forcément beaucoup pour moi. J’étais venu écouter l’un des derniers témoins d’une époque mythique du rugby français et j’ai surtout découvert un personnage incroyable, drôle, vif et profondément attaché aux siens.

Pendant deux heures, j’ai eu le sentiment d’ouvrir avec lui un immense album de souvenirs. Certains parlent évidemment de rugby, d’autres beaucoup moins, et c’est justement ce qui fait tout le charme de cet épisode. Je suis très fier de pouvoir partager avec vous cette rencontre exceptionnelle avec le dernier acteur de l’époque du Grand Lourdes.

Bonne écoute !

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