Dans le Jura de son enfance, Julien se passionne d’abord suffisamment pour la pétanque pour participer aux championnats régionaux puis aux championnats de France.
Il grandit dans un environnement plutôt rural, où la pêche et les copains occupent également une bonne partie de son temps. Le rugby prend peu à peu davantage de place, notamment parce que son père fréquente le stade et que les copains s’y retrouvent. À Dole, les mercredis et les tournois deviennent surtout l’occasion de passer du temps ensemble, sans imaginer encore jusqu’où ce sport pourra le mener.
Adolescent, Julien rejoint le Stade Dijonnais et découvre le niveau Crabos. Il continue pourtant ses études du côté de Dole et effectue régulièrement les cinquante kilomètres qui séparent les deux villes en train. Cette saison lui permet de poursuivre sa progression et de découvrir les sélections de Bourgogne avant de revenir dans son club formateur.
C’est là qu’une rencontre va faire basculer son parcours. Un recruteur d’Oyonnax vient observer l’un de ses coéquipiers lors d’un match de phase finale. Julien entre en cours de rencontre, se montre à son avantage et attire lui aussi son attention. Quelques échanges plus tard, celui qui n’avait jamais tracé de plan de carrière très précis rejoint un club qui évolue alors en Fédérale 1.
Grandir avec Oyonnax
Dans le Haut-Bugey, Julien apprend progressivement le métier et accompagne la montée en puissance d’Oyonnax. Le club accède à la Pro D2 et le jeune pilier gagne sa place au fil des saisons.
Il y restera cinq ans, suffisamment longtemps pour s’imposer à ce niveau et attirer l’attention d’une Section Paloise ambitieuse. En 2007, Julien accepte de quitter à nouveau son environnement et prend la direction du Béarn, avec l’envie simple de jouer, de gagner sa place et de poursuivre cette progression construite étape après étape.
Ce qui devait être une nouvelle étape devient finalement l’histoire majeure de sa carrière. Julien portera le maillot de la Section pendant dix saisons, s’installera durablement dans l’équipe et en deviendra l’un des capitaines. Son attachement au club grandit avec les années, tout comme son rôle au sein d’un groupe qui cherche à retrouver l’élite.
Le Top 14 au bout de la patience
En 2015, la récompense arrive enfin. Après plusieurs saisons passées à jouer les premiers rôles en Pro D2, la Section Paloise décroche son accession en Top 14.
Julien a alors 33 ans et plus de 300 matchs professionnels derrière lui. Cette montée représente précisément l’objectif qu’il poursuivait depuis ses débuts : découvrir l’élite avec un club auquel il a consacré une grande partie de sa carrière.
« Rugbystiquement, je suis parti de rien ! J’ai beaucoup travaillé et me suis nourri des conseils d’anciens… Mais en étant patient, j’ai réussi à atteindre mon objectif de jouer en Top 14. »
Cette phrase résume assez bien la manière dont Julien envisage son parcours. Rien n’a été programmé très tôt, mais chaque étape a été saisie avec du travail, de la patience et cette capacité à écouter ceux qui l’avaient précédé.
Il poursuit l’aventure professionnelle jusqu’en 2017 avant de rejoindre Morlaàs en Fédérale 2. Le rugby reste alors très présent dans sa vie, mais sous une autre forme : Julien continue de jouer tout en découvrant progressivement le rôle d’entraîneur.
Une autre vie, toujours autour du collectif
Sa reconversion ressemble finalement assez bien à l’homme. Julien avait appris le métier de métallier avant le rugby professionnel et, une fois sa carrière terminée, il passe notamment un BPJEPS. Aujourd’hui chauffeur-livreur, il assume pleinement ce choix parce qu’il lui offre une liberté et un quotidien qui lui correspondent davantage.
Le terrain, lui, n’est jamais très loin. Après Morlaàs, Julien poursuit son parcours d’entraîneur et rejoint en 2023 l’OBRC, près de Tarbes. Il y retrouve un rugby amateur très attaché aux copains et au maillot, dans un club dont il résume lui-même les valeurs en quelques mots : famille, état d’esprit et solidarité.
Je me suis vraiment régalé en compagnie de Julien. J’ai aimé son franc-parler, sa simplicité et surtout la manière dont il mesure le chemin parcouru sans jamais oublier ceux qui l’ont accompagné. Derrière le pilier et le capitaine de la Section, j’ai découvert un homme profondément attaché à sa famille, à ses amis et aux liens créés tout au long de sa vie.
Sa carrière raconte aussi quelque chose que j’aime beaucoup : la possibilité d’avancer sans avoir suivi la voie toute tracée. De Dole au Top 14, en passant par Oyonnax et dix années à Pau, Julien a construit son parcours avec de la patience, beaucoup de travail et une formidable constance. Aujourd’hui encore, il continue d’avancer avec la même énergie et de transmettre à son tour ce qu’il a reçu.
Bonne écoute !