Le sport a toujours occupé une grande place dans l’enfance d’Antoine.
Deuxième d’une fratrie de trois garçons, il grandit d’abord dans le 14e arrondissement de Paris puis à Montrouge. Avec ses frères, il commence par le football avant de s’essayer au tennis puis au basket. Leur père a pratiqué le rugby en école d’ingénieurs et, s’ils n’y jouent pas encore, tous suivent régulièrement les matchs à la télévision.
Après une période sans activité sportive, les trois frères vont ensemble demander à leurs parents de pouvoir essayer le rugby. Antoine a alors 16 ans, son grand frère 17 et le plus jeune 14 lorsqu’ils rejoignent le PUC. Pour lui, la progression est spectaculaire : ses qualités de vitesse, de force et d’agilité lui ouvrent rapidement les portes des sélections parisiennes puis des équipes de France de jeunes. Quelques années seulement après ses débuts, le Stade Français vient le chercher.
Une ascension à toute vitesse
À l’été 2006, Antoine débarque dans l’un des clubs de référence du rugby français. La concurrence en troisième ligne porte notamment les noms de Pierre Rabadan, Rémy Martin, Mauro Bergamasco, Radike Samo ou Sergio Parisse, mais le jeune joueur arrivé du PUC trouve très vite sa place.
Dès le 30 août, à seulement 19 ans, il dispute ses premières minutes en championnat face à Clermont et enchaîne ensuite les apparitions tout au long de la saison. Antoine participe au parcours jusqu’à la demi-finale face à Biarritz, qu’il dispute comme titulaire, avant de suivre hors du groupe la victoire contre Clermont en finale. Quelques mois après avoir quitté le PUC, il possède déjà un premier Brennus et s’est imposé parmi les grands espoirs du rugby français.
Sa progression est ensuite régulièrement mise à l’épreuve par les blessures, à commencer par une importante blessure au dos qui lui coûte pratiquement toute la saison 2008-2009. Lorsqu’il revient, ses performances lui valent une première convocation avec le XV de France à l’automne 2009, mais une blessure au pouce survenue dès le lendemain l’empêche d’honorer cette sélection.
Il lui faudra patienter jusqu’en février 2014 pour porter enfin le maillot bleu, en entrant face à l’Angleterre lors de l’ouverture du Tournoi des Six Nations. Il retrouvera ensuite les Bleus quelques mois plus tard lors de la tournée en Australie et comptera au total quatre sélections avec l’équipe de France.
Le Stade Français comme fil rouge
Au fil des saisons, Antoine devient l’un des hommes forts et l’un des visages du Stade Français. Il traverse les changements d’entraîneurs et les évolutions d’effectif, tout en prenant une place de plus en plus importante dans l’histoire récente du club.
En 2015, huit ans après son premier Brennus, il retrouve Clermont en finale du Top 14 et vit cette fois le rendez-vous depuis le terrain. Titulaire, il participe pleinement à la victoire parisienne et décroche un deuxième titre de champion de France.
Deux ans plus tard, son attachement au club prend encore une autre dimension lorsque le projet de fusion avec le Racing 92 est annoncé. Antoine fait partie des historiques et des meneurs d’un groupe déterminé à défendre l’identité du Stade Français. Quelques semaines après l’abandon du projet, cette équipe remporte la Challenge Cup face à Leicester et ajoute une nouvelle ligne au palmarès d’une génération profondément liée au club.
« Mon objectif n’a jamais été d’être pro. Pour moi, le rugby a toujours été un plaisir, l’occasion de passer du temps avec les copains sur, et en dehors du terrain. Je me suis régalé ! »
Cette phrase résume parfaitement le rapport qu’Antoine entretient avec le rugby. Le plaisir du groupe, les copains et le respect du vestiaire comme des supporters ont toujours occupé une place centrale dans sa manière de vivre ce sport. Cette conception l’accompagnera pendant seize saisons sous le même maillot, au fil desquelles il croisera plusieurs générations et s’installera durablement parmi les figures du Stade Français.
Son histoire de joueur s’achève en 2022 lorsque, après plusieurs commotions, un neurologue lui impose l’arrêt du rugby. À 34 ans et après plus de 250 rencontres avec Paris, Antoine referme ainsi une carrière entièrement consacrée au Stade Français. Il ouvre depuis un nouveau chapitre avec sa famille dans le Sud-Ouest, entre Toulouse et Montauban, où il prépare notamment sa reconversion comme agent de joueurs.
J’ai passé un magnifique moment avec Antoine, dont j’ai particulièrement aimé la manière de penser et le regard qu’il porte aujourd’hui sur toutes ces années passées au plus haut niveau. Derrière le troisième ligne emblématique du Stade Français, j’ai découvert quelqu’un de profondément attaché aux autres, à sa famille et aux relations construites au fil du temps. Sa conception du rugby, fondée depuis toujours sur le plaisir, les copains et le respect, raconte aussi beaucoup du personnage. Lui qui n’avait jamais imaginé faire de ce sport son métier aura finalement consacré seize saisons au même club et marqué durablement son histoire.
Bonne écoute !
#38 – Cécile Grès, le partage de l’instant – Vivre ses émotions