Petit, Christophe ne rêvait pas de soulever le Bouclier de Brennus ni de devenir entraîneur de rugby. Ce qui l’attirait, c’était la vigne, les terres du Minervois et l’exploitation familiale de Pépieux, où il grandissait au rythme des saisons et du travail de ses parents. Il envisageait d’ailleurs très sérieusement de devenir œnologue, avant que le rugby ne vienne progressivement bouleverser ses projets.
Dans les villages de son enfance, il était plutôt du genre discret, sérieux, mais volontiers bagarreur lorsque les fêtes locales donnaient lieu à quelques explications entre garçons. Le territoire, les copains et la fierté d’appartenir à un groupe comptaient déjà énormément pour lui. Et s’il commence le rugby à Olonzac, c’est avant tout pour retrouver ses amis, sans imaginer que ce jeu prendrait un jour une telle place dans sa vie.
À Carcassonne, où il poursuit sa formation, Christophe découvre un univers qui lui plaît de plus en plus. Pas nécessairement le joueur le plus talentueux de sa génération, il compense par une combativité et une détermination qui deviendront ses marques de fabrique. Lui qui se destinait à travailler la terre commence alors à entrevoir un autre avenir. Votre contribution nous aide à produire de nouveaux épisodes et à préserver la liberté de La Cravate.Un podcast indépendant,
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Le goût du combat, l’envie de comprendre
Son arrivée au Castres Olympique marque un tournant important. Séduit par l’ambition du club et par la possibilité de travailler parallèlement au sein des laboratoires Pierre Fabre, il découvre un environnement où l’exigence professionnelle accompagne celle du terrain. Cette expérience lui apporte d’ailleurs bien davantage qu’un emploi, puisqu’il y observe des méthodes de management et d’organisation qui nourriront plus tard sa réflexion.
En 1993, il devient champion de France sous le maillot castrais, récompensant une progression collective à laquelle il a pleinement contribué. Mais l’homme n’est pas du genre à se satisfaire longtemps d’une réussite et cherche continuellement à comprendre ce qui permet de progresser, quitte à remettre en question ses propres habitudes.
Lorsqu’il approche de la fin de sa carrière, Christophe n’envisage pourtant absolument pas de devenir entraîneur. C’est en découvrant la formation des jeunes et en approfondissant sa connaissance du jeu qu’il se prend au métier, presque à sa propre surprise. Cette nouvelle passion va progressivement lui ouvrir un terrain d’expression à la mesure de son tempérament.
Des hommes avant des systèmes
C’est notamment à Oyonnax qu’il donne toute sa mesure comme entraîneur, en accompagnant pendant huit saisons la progression d’un club qu’il contribue à installer parmi les meilleures équipes françaises. Son retour à Castres sera tout aussi marquant, avec un nouveau titre de champion de France en 2018, cette fois depuis le banc.
Mais réduire Christophe à ses résultats serait passer à côté de ce qui rend sa démarche si intéressante. Derrière l’image parfois rugueuse qu’il renvoie, il accorde une importance considérable aux relations humaines, à la confiance et à la capacité de chacun à s’engager pleinement dans un projet commun.
Exigeant, perfectionniste et entier, il supporte difficilement qu’on ne respecte pas une parole donnée ou qu’on s’écarte d’un engagement collectif. Il n’en reste pas moins un homme capable de se remettre profondément en question, qui a appris avec les années à mieux écouter, à s’ouvrir aux autres et à ne plus chercher systématiquement à tout contrôler.
Cette curiosité l’amène à puiser son inspiration bien au-delà du rugby, auprès d’entrepreneurs, de sportifs et de personnalités aux parcours très différents. Il aime comprendre ce qui anime les gens, ce qui leur permet de réussir et ce qu’il pourrait lui-même retirer de leurs expériences, avec l’idée que le rôle d’un entraîneur dépasse largement les limites d’un terrain.
Revenir à la terre, avancer autrement
En rejoignant l’Union Bordeaux Bègles en 2019, Christophe s’offre un nouveau défi, tout en poursuivant un projet qui lui tient particulièrement à cœur depuis l’enfance. Devenu propriétaire du Château Pépusque, dans son Minervois natal, il retrouve à travers la viticulture une passion qu’il n’avait jamais véritablement abandonnée.
Il existe d’ailleurs de nombreux points communs entre sa manière d’aborder le vin et celle dont il envisage le rugby : le soin apporté aux détails, la patience, l’exigence du travail bien fait et cette volonté permanente de progresser. Autant de qualités qui ont accompagné son parcours, mais qui l’ont parfois aussi conduit à se montrer particulièrement dur envers lui-même.
Avec le temps, Christophe a pourtant appris à porter un regard différent sur sa propre histoire. Longtemps préoccupé par le jugement des autres, il affirme aujourd’hui davantage ses choix et mesure combien l’ouverture d’esprit peut permettre de saisir des occasions auxquelles on n’aurait jamais pensé.
On dit que la curiosité est un vilain défaut : c’est absolument faux ! La curiosité attire la chance et les opportunités.
Christophe Urios · Épisode 13 de La Cravate
Christophe m’a accueilli pour cet entretien, au cours duquel j’ai pu découvrir un homme bien différent de l’image que l’on se fait parfois de l’entraîneur au tempérament affirmé. J’ai particulièrement apprécié la sensibilité et la réflexion qui accompagnent ses convictions.
J’ai adoré notre échange, tant pour la richesse de son expérience que pour la liberté avec laquelle il évoque ses réussites, ses doutes et son évolution personnelle. Un homme exigeant, passionné et bien plus nuancé que l’image qu’on peut parfois avoir de lui, avec lequel j’ai passé un moment formidable que je suis très heureux de partager avec vous !
Bonne écoute !