#121 – Laurent Travers

Au défi de la norme – L’individu au service du collectif

2h22
Laurent Travers, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#121 - Laurent Travers, au défi de la norme - L'individu au service du collectif
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Petit, Laurent n’a qu’un rêve : jouer un jour en équipe première du CA Sarlat.

Dans le Périgord noir, le rugby entre dans sa vie dès l’âge de cinq ans. Son oncle préside alors le club et lui permet de commencer un peu plus tôt que prévu. Mais c’est surtout un éducateur, Christian Goumondie, qui lui transmet véritablement le goût de ce sport. Laurent essaie aussi le tennis, le football ou le judo ; le rugby, lui, restera.

À Sarlat, il grandit dans une famille très soudée, avec un père charpentier-couvreur et une mère cantinière. Petit dernier d’une fratrie de quatre, il est suffisamment remuant pour hériter d’un surnom qui ne le quittera plus : « Toto », en référence aux histoires du même nom.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

Sur un terrain, son gabarit ne le destine pas forcément au plus haut niveau. Laurent compense largement par l’envie, la technique acquise ballon en main depuis l’enfance et un caractère qui supporte mal la défaite.

Encore junior, il atteint son premier objectif en devenant capitaine de l’équipe première de Sarlat. Il y restera jusqu’à 27 ans.

Du Périgord à Brive

Pendant toutes ces années, Laurent construit parallèlement une véritable carrière professionnelle.

Après ses études, il entre dans le monde bancaire et progresse en interne jusqu’à obtenir, par validation des acquis, l’équivalent d’un bac +4. Le rugby reste alors une passion pratiquée à côté d’un métier auquel il est profondément attaché.

À 27 ans, sa trajectoire prend pourtant un virage inattendu.

Laurent rejoint le CA Brive et découvre enfin le plus haut niveau qu’il rêvait d’atteindre. Il va y vivre dix années et participer à l’une des périodes les plus marquantes de l’histoire du club, jusqu’au titre de champion d’Europe décroché en 1997.

Il raccroche finalement les crampons en 2000. Mais depuis longtemps déjà, une autre envie l’accompagne : entraîner.

Trouver sa voie sur le banc

Laurent commence à transmettre presque immédiatement.

Il passe notamment par Clermont avant de rejoindre Montauban, où son parcours d’entraîneur prend une nouvelle dimension. Il y rencontre Laurent Labit et les deux hommes vont former pendant quinze ans l’un des duos les plus identifiables du rugby français.

Ensemble, ils conduisent Montauban jusqu’au Top 14, puis rejoignent Castres. En 2013, ils emmènent le CO jusqu’au Bouclier de Brennus.

Quelques semaines plus tard, une nouvelle aventure les attend au Racing 92. Laurent quitte alors le Sud-Ouest avec sa famille pour s’installer en région parisienne et se confronter à un environnement encore différent.

Trois ans après leur arrivée, le Racing devient champion de France.

Au fil de toutes ces expériences, Laurent développe une conception très précise de son métier. Il accorde énormément d’importance au travail, bien sûr, mais aussi à la capacité d’un entraîneur à comprendre les hommes qu’il dirige. Pour lui, construire un collectif ne signifie pas effacer les personnalités : il faut au contraire savoir utiliser les différences de chacun au service du groupe.

« J’ai toujours dit à mes joueurs de se méfier des adversaires plus petits ou qui n’ont pas le gabarit “attendu” : s’ils sont sur le terrain, ce n’est pas un hasard et souvent, ils ont une grosse détermination ou du talent. »

Toujours une étape supplémentaire

Après avoir été joueur puis entraîneur et manager, Laurent change encore de rôle.

En 2023, il devient président du Racing 92. Une fonction qui l’oblige à prendre davantage de hauteur sur le fonctionnement du club, mais qui prolonge finalement une trajectoire construite autour d’une même passion.

Le chemin parcouru est assez saisissant lorsque l’on revient à ce garçon de Sarlat qui rêvait simplement de porter le maillot de l’équipe première de son village.

Laurent n’a pourtant jamais coupé le lien avec le Périgord. Il y conserve sa maison et y retourne dès qu’il en a l’occasion pour retrouver sa famille et ses racines. Cet attachement occupe une place importante dans son équilibre, tout comme sa femme et ses enfants, qui l’ont accompagné au fil de ses nombreux changements de club.

J’ai trouvé son parcours absolument incroyable. Laurent a avancé étape après étape, sans posséder nécessairement tous les attributs que l’on associe spontanément à ceux qui atteignent le plus haut niveau, mais avec une détermination et une capacité de travail qui l’ont emmené extrêmement loin.

J’ai surtout beaucoup aimé l’écouter parler de management, de transmission et des individus qui composent une équipe. Derrière son immense expérience, il garde cette conviction que chacun peut apporter quelque chose à un collectif et que le rôle de celui qui dirige est aussi de savoir le faire émerger.

Ce moment passé avec Laurent a été un véritable régal.

Bonne écoute !

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