#98 – Zéba Traoré

L’alchimiste à l’esprit libre – Dans ses Mondes

2h13
Zéba Traoré, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#98 - Zéba Traoré, l'alchimiste à l'esprit libre - Dans ses Mondes
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Chez Zéba, tout semble partir d’une immense curiosité et d’un goût presque insatiable pour le mouvement, la performance et la compréhension de l’être humain.

Né à Paris d’un père burkinabè et d’une mère martiniquaise, il part vivre au Burkina Faso à l’âge de 3 ans et y grandit jusqu’à ses 19 ans, au sein d’une fratrie de quatre enfants. Ses parents, tous les deux anciens sportifs de haut niveau et enseignants d’éducation physique, lui transmettent très tôt le goût du sport, mais aussi cette idée que l’on peut apprendre énormément en observant, en expérimentant et en cherchant constamment à comprendre.

Le tennis occupe d’abord une place importante dans sa jeunesse. Il le pratique à très bon niveau, jusqu’à faire partie de la sélection nationale burkinabè, et envisage un temps de poursuivre sérieusement dans cette discipline. Mais l’athlétisme s’impose peu à peu : ses qualités de vitesse sont évidentes, les performances suivent et Zéba obtient une bourse olympique qui lui permet de pousser beaucoup plus loin son travail sur 100 mètres.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

En 1992, à seulement 19 ans, il porte les couleurs du Burkina Faso aux Jeux olympiques de Barcelone. Une blessure contractée en amont le gêne déjà au moment d’aborder la compétition et, lors des qualifications, son corps finit par lâcher avant la ligne d’arrivée. Il garde pourtant de cette expérience une immense fierté, mêlée à une leçon qui nourrira plus tard toute sa réflexion d’entraîneur : le talent et les qualités physiques ne suffisent jamais à eux seuls.

Du haut niveau à l’accompagnement

Quelques années plus tard, pendant son service militaire, sa trajectoire sportive est de nouveau bouleversée par un grave accident de parachute. Les examens révèlent une atteinte importante de la moelle épinière et les médecins constatent qu’il est passé tout près de la paralysie. Zéba parviendra progressivement à faire régresser une partie des séquelles, mais cet accident, ajouté à sa blessure olympique, modifiera profondément sa manière de penser le corps, la performance et l’entraînement.

À partir de là, son regard s’élargit considérablement : il ne s’intéresse plus seulement aux qualités physiques d’un athlète, mais à tout ce qui permet réellement à une personne d’exprimer son potentiel, qu’il s’agisse de la confiance, des émotions, des intentions, du mental, de la coordination ou encore de la capacité à répondre présent lorsque l’enjeu augmente.

Après des études en management du sport et plusieurs projets, notamment dans l’événementiel sportif et humanitaire en direction du Burkina Faso, Zéba commence à accompagner des athlètes. Il travaille avec des sprinteurs et des sportifs de très haut niveau, dont le perchiste Romain Mesnil, avant qu’un contact avec le Stade Toulousain ne change la suite de son parcours.

Au début des années 2000, il rejoint d’abord les Espoirs pour intervenir sur le travail des appuis. Son approche séduit rapidement et lui ouvre les portes du groupe professionnel, avec lequel il effectue bientôt une saison complète. Le Stade Toulousain est champion de France en 2001, premier titre d’une longue série à laquelle Zéba sera associé pendant plus de vingt ans, en accompagnant plusieurs générations de joueurs et en prenant part à l’une des périodes les plus riches de l’histoire du club.

Ce qui l’intéresse pourtant n’a jamais été seulement de rendre un joueur plus rapide, plus fort ou plus explosif.

« Les grands champions sont des mécanismes psycho-émotionnels complexes. Mon but est de créer une alchimie entre leurs capacités athlétiques et mentales afin qu’ils expriment au mieux leur potentiel. »

Zéba n’aime d’ailleurs pas beaucoup être réduit au terme de préparateur physique. Pour lui, entraîner ne consiste pas simplement à agir sur des muscles ou sur un corps : il faut comprendre la personne dans son ensemble, travailler sur ses émotions, ses intentions, sa confiance et tout ce qui peut permettre à ses qualités physiques de réellement s’exprimer au bon moment.

Un esprit qui refuse les cases

Cette approche explique aussi pourquoi il ne s’est jamais limité au rugby. En parallèle du Stade Toulousain, Zéba accompagne des athlètes issus de disciplines très différentes au sein de sa propre structure, avec toujours cette recherche d’un équilibre entre les dimensions physiques, mentales et émotionnelles de la performance.

Son parcours lui ressemble beaucoup. Il a pratiqué le tennis à haut niveau, couru le 100 mètres aux Jeux olympiques, touché au rugby et au basket, tout en développant une immense curiosité pour la bande dessinée, les comics, la musique, l’aéronautique ou encore l’espace. Son rêve d’enfant était d’ailleurs de devenir astronaute, et cet intérêt ne l’a jamais vraiment quitté.

Le Burkina Faso reste lui aussi très présent dans son histoire. Zéba a toujours choisi de représenter ce pays sportivement et continue à s’intéresser à la manière dont le sport peut servir l’éducation, créer des opportunités et permettre à des jeunes d’exprimer des qualités qui seraient peut-être restées invisibles sans accompagnement.

J’ai passé un excellent moment avec Zéba. C’est un homme d’une immense curiosité, capable de parler de performance, de psychologie, de sport, de culture ou d’espace avec la même passion, mais aussi quelqu’un de profondément intègre et très attaché à la transmission. On comprend vite pourquoi tant d’athlètes lui accordent leur confiance.

Bonne écoute !

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