#42 - Damien Traille

Droit dans ses bottes - Rencontres et instinct

1h14
Damien Traille, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#42 - Damien Traille, droit dans ses bottes - Rencontres et instinct
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Damien a grandi avec le rugby bien avant de pouvoir en comprendre toutes les subtilités. Fils d’un joueur de haut niveau, il a passé son enfance au bord des terrains, dans un environnement où le ballon ovale occupait une place essentielle. Quelques décennies plus tard, ce petit Béarnais deviendra l’un des joueurs les plus accomplis de sa génération, avec 86 sélections sous le maillot du XV de France, deux Boucliers de Brennus et trois Coupes du monde disputées.

Né en 1979 à Pau, il grandit dans une famille profondément attachée au rugby et au Béarn. Son père, ancien joueur passé notamment par Oloron et Nay, travaille chez Turbomeca, tandis que sa mère exerce dans le secteur du logement. Les racines familiales se trouvent dans les vallées d’Aspe et d’Ossau, deux territoires auxquels Damien reste particulièrement attaché.

Alors que j’étais encore tout petit, je me suis échappé de la poussette pour aller retrouver mon père sur le terrain en plein match.

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Damien Traille · Épisode 42 de La Cravate

À Nay, où ses parents se sont installés, il découvre très tôt le rugby dans le club de Coarraze-Nay. Son père, qui entraîne les plus jeunes, préfère initialement le laisser grandir avant de l’autoriser à jouer. Mais Damien insiste tant qu’il finit par obtenir le droit de participer à une rencontre, alors qu’il n’a pas encore 5 ans. Bousculé par un adversaire plus costaud, il quitte le terrain en pleurant, avant de revenir dès le week-end suivant, bien décidé à continuer !

Grandir sans brûler les étapes

Longtemps fidèle à son club formateur et à ses camarades, Damien attire progressivement l’attention de la Section Paloise. Son père, conscient de l’importance des études et des sacrifices qu’exige le sport de haut niveau, préfère toutefois qu’il poursuive sa formation à Nay avant de tenter l’aventure paloise.

Il rejoint finalement la Section à l’approche de ses 18 ans et découvre un nouvel environnement, au sein duquel deux éducateurs vont jouer un rôle essentiel : Jean Anturville et Marc Marais. Grâce à leur confiance et à leurs encouragements, il s’affirme dans les catégories jeunes et participe à deux finales consécutives du championnat de France Crabos, dont celle de 1998, remportée au Stade de France.

Cette progression lui ouvre rapidement les portes de l’équipe première. Il garde notamment un souvenir particulièrement savoureux de ses débuts à Toulon, où l’accueil réservé aux jeunes joueurs était rarement tendre. Entre les provocations adverses et la solidarité immédiate de ses coéquipiers, cette première expérience lui donne un aperçu mémorable des exigences du rugby de haut niveau.

Au fil des saisons, Damien devient l’un des cadres de la Section Paloise et s’impose parmi les joueurs les plus prometteurs de sa génération. À seulement 22 ans, il découvre le XV de France et entame une aventure internationale qui durera dix années.

L’élégance au service du collectif

Sous le maillot national, Damien s’affirme comme un joueur précieux par sa puissance, sa polyvalence et sa qualité de jeu au pied. Capable d’évoluer à plusieurs postes dans les lignes arrière, il participe à une période riche pour le XV de France et joue un rôle important dans les Grands Chelems de 2002 et 2004.

En 2004, il quitte Pau pour rejoindre le Biarritz Olympique, alors engagé dans une période particulièrement faste. Aux côtés de joueurs comme Serge Betsen, Dimitri Yachvili ou Nicolas Brusque, il contribue aux titres de champion de France remportés en 2005 et 2006, tout en continuant à s’imposer comme une valeur sûre de l’équipe nationale.

Il dispute également les Coupes du monde 2003, 2007 et 2011. Cette dernière édition restera particulièrement marquante, avec un parcours difficile mais une place finalement décrochée en finale face à la Nouvelle-Zélande. Les Français s’inclinent d’un seul point face aux All Blacks, au terme d’une rencontre dont l’issue laissera un profond sentiment d’injustice.

Cette finale constitue sa dernière apparition sous le maillot bleu. Après dix années au plus haut niveau international et 86 sélections, Damien mesure le chemin parcouru, sans oublier les difficultés, les déceptions et les périodes pendant lesquelles il a dû regagner sa place.

Malgré les succès, il est resté un homme plutôt réservé, peu attiré par la lumière et attaché aux valeurs transmises par ses parents. Cette discrétion l’a parfois freiné dans un environnement où la communication prend une place importante, mais elle lui a aussi permis de conserver une certaine distance avec l’agitation qui entoure les grandes carrières sportives.

Le retour aux sources

En 2014, après une décennie au Biarritz Olympique, Damien quitte un club confronté à de grandes difficultés et choisit de revenir à la Section Paloise. Ce retour ne fait pas l’unanimité, certains s’interrogeant sur ses capacités à apporter encore quelque chose après tant d’années de rugby professionnel.

Il répond pourtant de la meilleure des manières, en retrouvant un rôle majeur au sein de l’effectif béarnais. Son expérience et ses performances contribuent à la remontée de la Section en Top 14, puis à son maintien parmi l’élite. Une manière particulièrement belle de terminer sa carrière, là où il avait connu ses premières grandes émotions de joueur professionnel.

Après sa retraite sportive, Damien se tourne vers l’entrepreneuriat et devient associé de la Maison Miot, entreprise béarnaise reconnue pour ses confitures, confiseries et chocolats artisanaux. Il découvre ainsi un nouvel univers professionnel, avec ses propres exigences et responsabilités, dans lequel il s’investit pleinement.

Très occupé par cette activité, il conserve un lien avec le rugby mais choisit de consacrer l’essentiel de son temps libre à sa famille. Une évolution qui correspond à sa personnalité et aux priorités qu’il s’est progressivement fixées après tant d’années passées au rythme des entraînements, des déplacements et des compétitions.

Pour notre entretien, Damien m’a reçu dans l’un de ses salons de thé, en plein centre de Pau, à quelques pas du boulevard des Pyrénées. Un cadre particulièrement agréable pour revenir sur son parcours, depuis ses premiers pas à Nay jusqu’aux plus grandes rencontres internationales.

Je me suis régalé en sa compagnie et j’ai particulièrement apprécié la simplicité avec laquelle il a évoqué sa carrière, ses choix et les personnes qui l’ont accompagné. Derrière son palmarès impressionnant, j’ai découvert un homme humble, pudique et profondément attaché à ses racines, dont la discrétion contraste avec l’immensité du parcours sportif. Une rencontre chaleureuse avec l’un des grands noms du rugby français.

Bonne écoute !

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