Stéphane grandit à Gex, tout près de la frontière suisse, entre le Jura et le lac Léman. Dans ce coin de France où le rugby est assez peu présent, son père a pourtant participé à la création du club local et tient à lui faire essayer ce sport. Son premier contact avec le rugby ne l’emballe franchement pas : il prend quelques gros tampons et préfère retourner au foot avec les copains et au judo.
C’est finalement Stéphane qui demande à y revenir. Cette fois, le déclic est là et le rugby devient rapidement une véritable passion. Il se met alors en tête d’en faire son métier. Ses qualités physiques l’aident évidemment, mais il affiche surtout très tôt une ambition assez impressionnante et peut compter sur des parents qui acceptent de consacrer beaucoup de temps et de moyens à son projet.
À quinze ans, quitter sa famille pour Toulouse
Cette ambition va rapidement l’obliger à faire un choix qui n’a rien d’anodin. À quinze ans, Stéphane quitte Gex pour rejoindre le Stade Toulousain, à environ 750 kilomètres de chez lui. Ses parents le déposent à Toulouse et il s’installe dans une famille d’accueil à Pibrac. Il raconte très bien ce premier repas où, assis chez des gens qu’il ne connaît pas encore, il se demande ce qu’il fait là et s’il a vraiment pris la bonne décision. Faire demi-tour n’est pourtant pas dans ses plans.
Il est bien accueilli, s’intègre et poursuit son chemin jusqu’au Pôle France de Marcoussis. Les étapes s’enchaînent et Stéphane finit par signer son premier contrat professionnel avec le Stade Toulousain peu après sa majorité. Le projet qu’il avait en tête depuis l’enfance devient donc une réalité, mais il lui faut encore trouver du temps de jeu pour véritablement lancer sa carrière.
En 2009, il rejoint La Rochelle en Pro D2. Ce choix va compter puisqu’il y trouve sa place et découvre une ferveur qui le marque profondément. Il participe à deux montées en Top 14 et passe cinq saisons au club avant de rejoindre Biarritz en 2014. Deux ans plus tard, il retrouve le Top 14 avec Lyon, puis termine sa carrière au Stade Français, où il joue trois saisons avant d’arrêter en 2021. Au total, sa vie de joueur professionnel aura duré plus de quinze ans.
« J’ai toujours été très ambitieux et déterminé, et j’ai toujours eu la certitude que j’allais réussir. Il n’y avait pas d’autre option ! »
Cette détermination accompagne Stéphane bien au-delà de ses années de joueur. Il sait qu’une carrière sportive ne dure qu’un temps et prépare suffisamment tôt ce qui viendra ensuite, sans attendre de se retrouver au pied du mur au moment de raccrocher.
Préparer la suite avant d’arrêter
Lorsque je le retrouve pour cet épisode, c’est justement dans cette nouvelle vie qu’il me reçoit. Stéphane est installé à Fleurance, dans le Gers, où il gère avec son beau-frère le golf local. Le cadre a évidemment bien changé depuis les terrains de Top 14, mais on retrouve chez lui la même envie d’avancer, d’entreprendre et de mener de nouveaux projets.
Le rugby reste malgré tout très présent. Il continue à suivre ce milieu dans lequel il a passé une grande partie de sa vie et le ballon ovale a déjà trouvé sa place dans sa famille puisque ses deux enfants y ont eux aussi pris goût. Son parcours lui permet surtout d’en parler avec beaucoup de recul, depuis le gamin de Gex qui voulait absolument devenir professionnel jusqu’à l’homme qui a volontairement préparé une vie complètement différente après sa carrière.
Stéphane est aussi quelqu’un de très naturel et spontané, et c’est vraiment ce qui ressort de notre échange. Il n’a jamais été le joueur le plus médiatique et m’explique d’ailleurs avoir plutôt fui cet exercice pendant sa carrière, mais cela ne l’empêche absolument pas d’avoir énormément de choses à raconter.
J’ai vraiment passé un très bon moment avec lui. Et puis, forcément, se retrouver entre pilards aide un peu ! Derrière la plaisanterie, j’ai surtout découvert quelqu’un de déterminé, avec la tête bien sur les épaules, qui s’est donné très jeune un objectif particulièrement ambitieux et a fait ce qu’il fallait pour l’atteindre, avant de mettre la même énergie dans la construction de sa deuxième vie.
Bonne écoute !