#94 – Benoît Guyot

Le Cartésien – Analyser et comprendre

1h59
Benoît Guyot, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#94 - Benoît Guyot, le Cartésien - Analyser et comprendre
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Benoît a beaucoup bougé avant même d’avoir l’âge de choisir où il voulait vivre : Lille, la région parisienne, Montréal puis de nouveau Paris. Cette enfance passée à changer régulièrement de décor lui a laissé une vraie facilité à s’adapter, mais aussi ce besoin de comprendre ce qui l’entoure et de savoir où il se situe.

Petit, il rêve d’abord de devenir pompier. Il aime l’équipement, les camions bien sûr, mais aussi cette idée d’être utile et de porter secours aux autres. Très énergique, parfois turbulent, il pratique beaucoup de sports et se passionne surtout pour le hockey sur glace, discipline particulièrement adaptée à un garçon qui reconnaît lui-même avoir longtemps eu du mal à se déplacer sans rentrer dans les autres.

Le rugby arrive plus tard, autour de 12 ou 13 ans, par l’intermédiaire de ses copains au collège. Benoît rejoint Garches et accroche immédiatement avec la simplicité du jeu, le contact et surtout le groupe. Il pratique d’ailleurs le hockey et le rugby en parallèle pendant plusieurs années, avant que sa progression dans le ballon ovale ne l’oblige progressivement à choisir.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

À Garches, les terrains du Stade Français sont littéralement de l’autre côté d’une butte. Benoît finit par la franchir et rejoint le club parisien, où il intègre une génération particulièrement riche. Il devient capitaine, remporte le championnat de France en cadets et poursuit sa progression jusqu’aux portes de l’équipe professionnelle, mais dans un effectif rempli d’internationaux, les occasions sont rares et son avenir reste incertain.

Se battre pour rester dans la course

À 20 ans, alors que rien ne garantit encore qu’il fera véritablement carrière, Mathieu Roux l’appelle pour rejoindre le centre de formation du Biarritz Olympique. L’opportunité change beaucoup de choses et Benoît s’installe sur la Côte basque, où il va passer cinq saisons et connaître la période la plus dense de son parcours professionnel.

Les débuts ne se font pas sans difficulté. Benoît raconte d’ailleurs que ses premières années ont souvent suivi le même scénario : être écarté, revenir, devoir de nouveau prouver qu’il mérite sa place puis recommencer. Il apprend à encaisser les décisions, à travailler davantage et à ne pas considérer qu’une place acquise un jour le sera encore le lendemain.

À Biarritz, son temps de jeu augmente progressivement et la saison 2011-2012 marque un véritable tournant. Benoît enchaîne les matchs, s’impose dans la rotation et participe pleinement au parcours qui mène le BO jusqu’à la victoire en Challenge européen face à Toulon. Ses performances lui ouvrent même les portes du XV de France pour la tournée en Argentine, mais l’usure d’une saison particulièrement chargée et des problèmes physiques l’empêchent finalement d’honorer cette convocation.

Il reste encore deux saisons à Biarritz avant de rejoindre La Rochelle en 2014, peu après la montée du club en Top 14. Patrice Collazo attend notamment de lui qu’il apporte son expérience à un groupe qui découvre ce niveau, mais l’aventure rochelaise ne prend jamais réellement la tournure espérée. Lors de sa deuxième saison, Benoît ne joue pratiquement plus et comprend progressivement que la suite de sa carrière professionnelle devient très incertaine.

Cette période lui permet aussi de regarder son métier autrement.

« Je pense que les joueurs qui ont accompli des carrières phénoménales, l’ont fait car ils n’ont jamais oublié que le rugby est un jeu ! Moi j’ai mis un peu de temps à le comprendre. »

Benoît reconnaît avoir longtemps beaucoup intellectualisé ce qu’il faisait, parfois au point de perdre une partie du plaisir initial. Avec le recul, il mesure mieux ce qui permet à certains joueurs de durer : travailler énormément bien sûr, mais sans oublier ce qui les a amenés sur un terrain au départ.

Comprendre avant d’avancer

Lorsque les portes se ferment à La Rochelle en 2016, Benoît n’a que 27 ans. Il cherche encore une opportunité, notamment en Angleterre, mais rien ne se concrétise et il rentre finalement à Paris. La transition est brutale : en quelques semaines, il quitte son appartement, rend sa voiture et voit disparaître tout le cadre autour duquel sa vie s’était organisée depuis plusieurs années.

Benoît a toutefois continué ses études tout au long de sa carrière et prépare alors un doctorat en sciences de gestion, consacré notamment à la place de la technologie dans la recherche de performance et à la manière dont les entraîneurs, préparateurs et managers s’approprient ces nouveaux outils. Au moment où sa carrière professionnelle s’achève, ce doctorat lui donne un nouveau but et quelque chose vers quoi avancer.

Il continue encore à jouer pendant trois ans à Suresnes avec des amis, mais le rugby professionnel est derrière lui. Benoît s’investit alors pleinement dans une vie où l’analyse, la recherche, l’entreprise et les rencontres prennent davantage de place, sans jamais abandonner cette volonté d’aller au fond des choses et de comprendre ce qui se joue derrière les apparences.

J’ai adoré échanger avec Benoît. Il réfléchit beaucoup, questionne énormément de choses et ne se contente jamais d’une réponse toute faite, ce qui nous a emmenés bien au-delà de sa seule carrière de joueur. C’est un personnage assez singulier, avec lequel deux heures passent très vite.

Bonne écoute !

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