Iulian a passé les premières années de sa vie dans la Roumanie communiste de Ceaușescu, sans vraiment mesurer, lorsqu’il était enfant, à quel point la vie pouvait être différente de l’autre côté des frontières.
Il garde d’ailleurs le souvenir d’une enfance heureuse, passée dehors avec ses copains dès la fin de l’école. Les privations font simplement partie du quotidien : les produits sont rationnés, il faut parfois attendre des heures pour obtenir une bouteille d’huile et l’électricité comme la télévision sont limitées. Pour le jeune Iulian, tout cela est normal puisqu’il ne connaît rien d’autre.
Son père, international roumain de rugby, reste en France en 1989 après un match disputé à Auch et rejoint la Section Paloise. Iulian et sa sœur demeurent encore deux ans en Roumanie auprès de leurs grands-parents avant de retrouver leurs parents en France, en 1991. Le changement est immense.
« Quand nous avons rejoint mon père en France, la première fois que nous sommes rentrés dans un supermarché avec ma petite sœur, ça a été un choc ! Il y avait de tout, partout ! On n’avait jamais vu ça… »
La famille s’installe d’abord du côté de Pau avant de partir à Strasbourg. Son père veille à ce que ses enfants comprennent la chance qui leur est offerte et insiste beaucoup sur le respect du pays qui les accueille. Cette éducation accompagnera Iulian bien au-delà de son enfance.
Le rugby, malgré le parcours paternel, n’est pourtant pas immédiatement une évidence. Il commence par le football, pratique ensuite le handball et ne se tourne sérieusement vers le ballon ovale qu’à 17 ans. Ses qualités, notamment au pied, lui permettent de progresser rapidement et d’être retenu avec l’équipe de Roumanie des moins de 19 ans.
Se faire une place
Iulian fait ses premiers pas chez les seniors à Pontarlier avant de signer son premier contrat professionnel à Dax. Il passe ensuite par Tarbes, Pau puis Albi et construit ainsi sa carrière en France tout en prenant une place importante avec la sélection roumaine.
Avec les Chênes, il compte 50 sélections et participe à deux Coupes du monde. Entre les clubs, les changements de statut et la concurrence, il apprend surtout à ne jamais considérer sa place comme acquise. Cette exigence revient souvent lorsqu’il raconte son parcours : il faut travailler, saisir les occasions et continuer à avancer même lorsque l’on a déjà atteint ce que l’on s’était fixé.
Son passage à Pau lui laisse notamment des relations fortes. À son arrivée, il se retrouve en concurrence avec Jean-Marc Souverbie au poste d’arrière. Pourtant, c’est justement celui dont il vient menacer la place qui l’accueille dans le vestiaire et lui propose de s’installer à côté de lui. Les deux hommes resteront proches bien après leur carrière, un souvenir qui en dit aussi beaucoup sur la manière dont Iulian parle du rugby et des personnes rencontrées en chemin.
La trentaine à peine entamée, il décide d’arrêter. Pas parce qu’il n’a plus rien à donner, mais parce qu’il sent qu’il est temps de passer à autre chose et qu’il refuse de prolonger simplement pour prolonger. La transition n’est pas confortable pour autant : les revenus chutent brutalement et il faut rapidement trouver une nouvelle voie.
Aller chercher la suite
Iulian se remet alors à parcourir ses contacts et retrouve une carte de visite conservée depuis la Coupe du monde 2007. Elle appartient à Tony Towell, chez O’Neills, l’équipementier de la sélection roumaine à l’époque. Ils avaient sympathisé après un match et Tony lui avait lancé qu’il faudrait l’appeler s’il passait un jour par Dublin.
Quelques années plus tard, Iulian décroche son téléphone.
Il ne connaît rien à la vente, n’a reçu aucune formation commerciale et reconnaît lui-même avoir découvert à ce moment-là ce que signifiait réellement travailler en dehors du rugby professionnel. Mais il convainc O’Neills de lui faire confiance pour développer la marque en France et se met immédiatement à sillonner le territoire.
Au départ, il travaille depuis son grenier. Très vite, il veut un local. Une fois le local obtenu et aménagé, il s’assoit dans son bureau et pense déjà au bâtiment suivant, à une boutique, à quelque chose de plus grand. C’est assez révélateur de son fonctionnement : ce qu’il vient d’obtenir l’intéresse presque moins que ce qu’il peut encore construire.
Les années passent et O’Neills équipe désormais environ 200 clubs en France. Iulian s’est entouré, manage une équipe et continue pourtant à commencer ses journées très tôt pour garder quelques heures de travail avant l’arrivée de tout le monde. Il assume d’ailleurs volontiers que cette exigence peut parfois devenir un défaut, notamment avec ses proches.
C’est probablement ce que j’ai le plus retenu de notre échange. Iulian ne fait rien à moitié. Dans le rugby comme dans sa reconversion, il avance avec cette envie permanente de prouver, d’aller chercher davantage et de ne surtout pas s’installer dans ce qu’il a déjà réussi.
J’ai passé un très, très bon moment avec lui. Il a une énergie folle, des convictions très fortes et une histoire personnelle qui explique beaucoup de choses dans sa manière de voir le travail, la famille ou la France. Je connaissais le joueur, beaucoup moins tout ce qui avait construit l’homme et l’entrepreneur. Et je me suis régalé à l’écouter raconter tout ça.
Bonne écoute !