Petit, Gillian n’a pas vraiment de grand plan tout tracé. Ce qu’il aime surtout, c’est jouer, découvrir des choses et s’amuser, au point de réveiller parfois ses parents au milieu de la nuit pour aller taper dans un ballon. Il commence d’ailleurs par le football à Caussade, mais sa carrure détonne déjà tellement par rapport aux autres enfants qu’il finit par se retrouver dans les buts, ce qui ne l’amuse pas longtemps. Le rugby prend alors le relais et lui permet surtout de retrouver ce qu’il cherche : des copains, du jeu et du plaisir. Lui-même le raconte sans chercher à réécrire son histoire, puisqu’il n’a jamais grandi avec l’idée fixe de devenir joueur professionnel. Il se décrit plutôt comme quelqu’un de très curieux, qui aime apprendre et se retrouver dans des situations qu’il ne connaît pas.
Après une enfance passée entre Caussade et Montauban, son parcours prend pourtant rapidement une autre dimension. À quinze ans, il quitte le domicile familial pour intégrer le Pôle Espoir à Toulouse, continue d’abord à jouer à Montauban puis rejoint le Stade Toulousain. Champion de France chez les cadets, international dans les équipes de France jeunes et pensionnaire du Pôle France à Marcoussis, Gillian gravit les échelons sans forcément avoir le sentiment de suivre un chemin qu’il aurait programmé depuis l’enfance.
Grandir au Stade Toulousain
Son passage chez les Espoirs sera finalement assez court puisque le troisième ligne se retrouve rapidement à s’entraîner avec les professionnels. Il dispute son premier match avec l’équipe première en 2011, alors qu’il n’a même pas vingt ans, et se retrouve quelques semaines plus tard champion de France. La saison suivante lui permet de prendre encore davantage de place dans un groupe privé d’une partie de ses internationaux pendant la Coupe du monde, avant un nouveau Brennus au printemps 2012.
Pendant treize saisons, Gillian va ainsi grandir au sein du Stade Toulousain et côtoyer certaines des plus grandes figures du club, tout en remportant trois titres de champion de France. Ce qui ressort surtout de notre échange, c’est la façon très simple dont il parle de cette période. Il ne cherche pas à donner davantage d’importance à ce qu’il a vécu qu’il n’en avait pour lui sur le moment, et raconte aussi facilement les grands matchs que les personnages du vestiaire, les conneries, les blessures ou les périodes où les choses fonctionnaient moins bien.
Cette manière de raconter son parcours lui ressemble beaucoup. Gillian est extrêmement loquace, manie en permanence l’humour et le second degré, mais il ne faut pas longtemps pour comprendre qu’il réfléchit énormément à ce qu’il raconte. C’est d’ailleurs ce qui rend l’échange particulièrement agréable : on peut partir dans une histoire complètement improbable et, quelques minutes plus tard, se retrouver sur un sujet beaucoup plus profond sans jamais avoir l’impression de changer brutalement de conversation.
En 2020, après toutes ces années à Toulouse, il décide finalement de rejoindre Lyon. Le changement aurait dû ouvrir un nouveau chapitre de sa carrière, mais il n’en portera jamais le maillot en compétition. Des problèmes physiques conduisent à la découverte d’un syndrome rare touchant une artère derrière le genou. Malgré une opération, les conséquences vont finalement rendre impossible la poursuite du rugby professionnel. Gillian doit arrêter à seulement trente ans.
La vie continue
La façon dont il raconte cette fin de carrière m’a particulièrement marqué parce qu’elle correspond parfaitement au personnage. Gillian ne nie ni la déception ni ce que représente l’arrêt brutal d’une vie de joueur professionnel, mais il refuse de rester bloqué dessus. Il a trente ans, une famille, des projets et surtout l’envie de continuer à avancer.
« Suite à la blessure qui met fin à ma carrière, il était hors de question de me morfondre. Je me suis dit : “Tu es jeune, mais c’est la fatalité et la vie continue !” Je me devais de rebondir rapidement. »
Il garde d’ailleurs aujourd’hui certaines séquelles physiques qui l’obligent à composer avec des gestes du quotidien auxquels il ne pensait évidemment pas auparavant, mais cela ne l’empêche pas de s’être très rapidement lancé dans autre chose.
Son après-rugby s’est notamment construit autour des métiers de bouche et de la restauration, un univers dans lequel ses rencontres et son réseau l’ont progressivement amené à développer plusieurs activités. Comme souvent chez lui, un projet en entraîne un autre et il semble prendre autant de plaisir à découvrir de nouveaux métiers qu’il en prenait à relever des défis sur un terrain.
C’est aussi ce que j’ai beaucoup aimé chez Gillian : derrière le joueur que beaucoup ont connu pour sa puissance et ses années au Stade Toulousain, il y a quelqu’un de curieux, drôle, très direct et capable de parler avec la même franchise de ses réussites que des moments plus compliqués. Il sait déconner, énormément même, mais il est loin d’être un guignol, et cet échange permet justement de découvrir l’homme derrière l’énorme joueur.
J’ai passé un superbe moment en sa compagnie et je pense que vous allez vous régaler à l’écouter.
Bonne écoute !