#82 – Soané Toevalu

Le feu et la glace – Combattre pour avancer

1h29
Soané Toevalu, invité du podcast La Cravate
La Cravate
#82 - Soané Toevalu, le feu et la glace - Combattre pour avancer
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Petit, Soané ne rêve pas spécialement de rugby. À Lourdes, il joue surtout pour retrouver ses copains, touche à plusieurs sports et s’imagine même un temps devenir militaire. Rien ne laisse alors présager la place que le ballon ovale prendra dans sa vie, ni la longévité assez incroyable qui sera la sienne.

Son père, originaire de Wallis, arrive en métropole avec l’armée à la fin des années 1970 et s’installe à Lourdes, où il rencontre sa mère. Celle-ci travaille dans l’entreprise familiale de transport, qui assure notamment les trajets des pèlerins et des scolaires. Son père joue au FC Lourdes et c’est finalement son oncle, éducateur au club, qui l’emmène à l’école de rugby lorsqu’il a sept ans.

Pendant plusieurs années, le rugby reste avant tout une affaire de copains. Ce n’est qu’à l’adolescence que Soané commence à s’y investir davantage, jusqu’à rejoindre les Reichel de la Section Paloise. Sa première saison se déroule entièrement avec eux, avant qu’il ne soit appelé avec l’équipe première pour le dernier match des play-downs, à Sapiac face à Montauban.

Une totale indépendance

Ce fonctionnement permet de préserver une pleine liberté et de s’inscrire dans la durée.

La suite à Pau est plus compliquée et ne lui permet pas de trouver durablement sa place. En 2004, Jean-Louis Luneau, parti entraîner Tarbes après l’avoir connu à la Section, lui propose de le rejoindre. Le choix est loin d’être anodin pour un joueur élevé dans la rivalité entre Lourdes et Tarbes, mais Soané finit par accepter.

« En tant que Lourdais, quand j’ai signé à Tarbes, mon frère et mes amis d’enfance ne m’ont pas parlé pendant plusieurs jours ! Heureusement, ça s’est vite arrangé… »

Une fois sur place, les vieilles rivalités s’effacent rapidement. Il trouve un groupe jeune, soudé, se lie avec plusieurs coéquipiers qu’il fréquente encore aujourd’hui et garde de cette saison un excellent souvenir.

Toulon, au cœur d’une nouvelle ère

La dernière journée de championnat va donner une tout autre direction à sa carrière. Tarbes se déplace à Mayol, une bagarre éclate et Soané se retrouve notamment aux prises avec Gregori Labadze, capitaine géorgien du RCT. Les deux hommes sont expulsés et, dès le lundi matin, Éric Champ appelle Soané pour l’enrôler au RCT.

Il y restera quatre saisons, précisément au moment où le club bascule dans une nouvelle ère. Soané connaît la descente en Pro D2 puis la remontée, avant de voir arriver certaines des plus grandes stars mondiales. Tana Umaga, puis Sonny Bill Williams, Jerry Collins et bien d’autres font passer le club dans une nouvelle dimension. Le vestiaire devient international, les entraînements passent à l’anglais et la concurrence se renforce considérablement. Lui réussit à conserver une vraie place dans cet environnement, avec un profil très apprécié à Toulon : dur au contact, généreux et toujours prêt à aller au combat.

Après la Rade viennent Mont-de-Marsan, un retour à Lourdes puis Béziers. Et lorsqu’il quitte finalement le rugby professionnel, Soané ne raccroche pas les crampons pour autant. Installé dans le Var, il poursuit en Fédérale à Hyères-Carqueiranne puis à La Valette, prolongeant encore une carrière déjà particulièrement aboutie.

Le rugby jusqu’en Allemagne

À plus de 40 ans, l’histoire prend même une tournure inattendue puisqu’il rejoint Offenbach, dans la banlieue de Francfort, tout en continuant à vivre et travailler dans le sud de la France. La semaine, il s’entraîne seul dans le Var et exerce son métier dans le secteur des carburants ; le samedi, il prend l’avion à Marseille, rejoint l’Allemagne, joue son match puis rentre le soir même ou le lendemain matin pour retrouver sa famille.

Cette aventure prolonge encore une carrière déjà hors norme par sa durée. Soané réussit surtout à continuer à jouer sans bouleverser l’équilibre qu’il s’est construit dans le Var, entre son travail, sa famille et ses attaches restées fortes avec Lourdes.

J’ai passé un super moment avec Soané. Je connaissais surtout le joueur engagé, rugueux et toujours prêt au combat ; j’ai découvert quelqu’un de calme, discret, profondément gentil et très attachant. J’ai beaucoup aimé ce contraste, mais aussi sa modestie et la simplicité avec laquelle il raconte tout ce qu’il a vécu. C’est vraiment un chouette gars, et je me suis régalé pendant cet échange.

Bonne écoute !

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