Petite, Caroline rêvait davantage de vendre du pain ou de monter sur un camion-poubelle que de porter un jour le maillot bleu. Le rugby était pourtant partout autour d’elle à Digoin : son grand-père et son oncle avaient joué et s’étaient beaucoup investis dans le club local, son père avait lui aussi pratiqué et les week-ends se passaient régulièrement dans les tribunes.
Elle se tourne pourtant vers d’autres sports. Natation, handball, gymnastique et surtout judo, qu’elle pratique jusqu’à la ceinture marron. Elle aurait même pu intégrer le Pôle Espoir de Dijon, mais refuse alors cette perspective : le sport de haut niveau ne l’attire pas.
Le rugby arrive finalement à 18 ans, lorsqu’elle rejoint sa sœur à Clermont-Ferrand pour étudier en STAPS. Elle essaie à l’université, passe ensuite par Moulins et découvre peu à peu un sport qui va prendre une place qu’elle n’avait jamais imaginée.
De Moulins à Romagnat, puis les Bleues
En 2013, Patrick Ladouce lui conseille de rejoindre un club plus ambitieux. Caroline choisit Romagnat, simplement parce que l’équipe évolue au niveau le plus élevé des deux options qui lui sont proposées. Elle connaît encore assez peu le rugby féminin pour mesurer ce qui l’attend. Annick Hayraud entraîne l’équipe, Jessy Trémoulière fait partie de l’effectif, mais les noms ne l’impressionnent pas vraiment.
Après un seul match avec la réserve, elle intègre le groupe Élite et n’en sortira plus. Elle peut jouer aux trois postes de la première ligne et travaille beaucoup pour progresser dans un sport qu’elle a commencé plus tard que la plupart de ses coéquipières.
« Je n’ai jamais été une douée du rugby. J’ai toujours dû batailler pour y arriver, donc j’ai vraiment le sentiment de m’être gagné ce que j’ai obtenu. »
Avec Romagnat, elle connaît deux défaites en demi-finale avant de remporter l’Élite 2 en 2016. Sa première convocation avec le XV de France arrive presque dans la foulée, mais un érysipèle l’empêche de participer à la tournée prévue aux États-Unis. Quelques mois plus tard, le 23 novembre 2016, elle obtient finalement sa première sélection face aux Américaines à Béziers.
La suite l’emmène à la Coupe du monde 2017, puis vers le Grand Chelem de 2018 et la première victoire française contre les Black Ferns. Caroline fait également partie des premières joueuses à bénéficier d’un contrat fédéral. Elle continue pourtant à travailler en parallèle, convaincue qu’il ne peut pas y avoir que le rugby dans une vie.
Romagnat jusqu’au bout, avant que tout s’arrête
Son attachement à Romagnat traverse tout notre échange. En 2021, après une opération d’une hernie cervicale, le Covid et des problèmes à un genou, Caroline revient mais perd sa place de titulaire. Elle pense alors sérieusement à partir pour retrouver du temps de jeu et préserver ses chances de disputer la Coupe du monde. L’idée de quitter un club qu’elle considère comme le sien lui est pourtant extrêmement difficile.
Elle reste finalement et Romagnat devient champion de France. Lors de la remise des maillots avant la finale, le hasard lui confie celui de la jeune talonneuse qui lui a pris sa place. Caroline lui dit qu’elle mérite d’être là, tout en lui faisant comprendre qu’elle compte bien récupérer le numéro. Elle racontera pourtant avoir savouré ce titre encore davantage que celui de 2016.
Quelques mois plus tard, elle retrouve le XV de France et joue de nouveau contre les Black Ferns. Puis, en janvier 2022, une mêlée se passe mal. Elle ressent une décharge dans les deux bras et doit sortir. Le bras droit récupère progressivement, mais les problèmes neurologiques persistent à gauche. Examens, kiné et rendez-vous avec le neurologue s’enchaînent sans lui permettre de reprendre.
Caroline continue un temps à venir aux entraînements de Romagnat. Elle travaille de son côté, accompagne les filles et aide même le staff sur la mêlée ou la touche. Mais rester au bord du terrain devient trop difficile. Elle quitte alors Clermont pour rejoindre son compagnon sur la côte basque, où nous nous retrouvons en janvier 2023.
À ce moment-là, elle ne sait toujours pas si elle rejouera. Elle parle sans détour de cette période, de ce qu’elle a dû accepter et de l’aide qu’elle est allée chercher. Mais elle revient surtout sur tout ce que le rugby lui a donné : ses copines, les voyages, les rencontres et ces années à Romagnat auxquelles elle reste profondément attachée.
J’avais évidemment suivi Caroline avec les Bleues et je connaissais la joueuse, mais beaucoup moins la personne. J’ai découvert une fille entière, courageuse, très sensible et d’une grande gentillesse. Caroline passe facilement du rire aux larmes et parle avec beaucoup de sincérité de ce qu’elle a vécu comme de ce qu’elle traverse encore. J’ai beaucoup aimé cet échange et je me suis vraiment régalé en sa compagnie.
Bonne écoute !