Julien n’a jamais vraiment rêvé de devenir joueur professionnel. Petit, il se voyait plutôt paysan ou pompier.
Il grandit au Puy-en-Velay, dans une famille où le football occupe une grande place, mais touche à beaucoup de sports avant d’arriver au rugby à l’âge de 12 ans. D’abord troisième ligne centre, il attire rapidement l’attention de Clermont et rejoint le club à sa majorité.
Le changement de poste arrive vite. Julien bascule chez les trois-quarts, découvre les sélections avec les moins de 19 ans puis le rugby à 7, où ses qualités font rapidement la différence. En 2005, il est élu meilleur joueur du Tournoi de Paris remporté par la France, avant de s’installer progressivement dans le groupe professionnel clermontois.
L’arrivée de Vern Cotter en 2006 accompagne son passage vers le très haut niveau. Julien devient l’un des visages d’une génération qui va profondément marquer l’histoire de l’ASM, entre finales perdues, blessures, grandes campagnes européennes et titres enfin remportés.
Grandir avec Clermont
Avec l’ASM, Julien traverse autant de déceptions que de moments immenses. Il connaît les finales qui échappent au club, les saisons où tout semble possible, puis cette année 2010 qui change beaucoup de choses.
Cette saison-là, il est l’un des acteurs majeurs du premier titre de champion de France de l’histoire de Clermont, après dix finales perdues, tout en vivant quelques mois plus tôt un Grand Chelem avec le XV de France. Au total, il portera vingt fois le maillot bleu et restera l’un des joueurs marquants de cette génération clermontoise.
Sa carrière n’est pas un long fleuve tranquille. Les blessures s’accumulent et viennent régulièrement couper son élan, jusqu’à peser de plus en plus lourd dans les dernières années. Julien raconte très franchement ce rapport au corps qui ne suit plus toujours, les périodes où il faut revenir, recommencer, convaincre à nouveau et accepter aussi de voir son statut évoluer.
Après plus d’une décennie à Clermont, il rejoint Montpellier en 2015 avec l’idée de se relancer. Il pense alors n’y rester que deux ans avant de rentrer en Auvergne, mais il s’installe finalement dans le Sud et n’en repartira pas.
Sortir de la bulle
La fin de carrière est beaucoup moins belle que ce qu’il aurait imaginé. À Montpellier, Julien joue peu, se retrouve progressivement mis de côté et termine sur une période qu’il vit difficilement, physiquement comme mentalement.
Il aurait pu poursuivre ailleurs, plusieurs clubs se manifestent, mais l’envie n’y est plus. À 33 ans, après treize saisons au plus haut niveau, il préfère arrêter plutôt que prolonger une carrière dans laquelle il ne prend plus de plaisir.
Avec le recul, Julien mesure pourtant pleinement la chance qu’il a eue.
« Ma passion était mon métier ! J’ai gagné beaucoup d’argent pour être avec mes potes, faire des bringues folles et jouer des matchs devant des milliers de spectateurs. J’ai eu de la chance. »
L’après n’est pas immédiat pour autant. Julien raconte une période où il peine à trouver sa place, après avoir vécu pendant près de quinze ans dans un environnement entièrement organisé autour du rugby. Sa compagne joue alors un rôle essentiel en lui rappelant qu’il existe en dehors du joueur qu’il a été, et qu’il peut désormais simplement profiter de ce qu’il a construit.
Petit à petit, il reprend goût à une vie beaucoup plus simple. Il donne notamment un coup de main à un ami dans une fromagerie, retrouve une vie sociale loin du milieu du rugby et choisit finalement de consacrer beaucoup de temps à sa famille.
La pêche, devenue au fil des années une véritable passion, prend également une place énorme. Julien peut passer des heures sur l’eau, notamment à rechercher le silure, et assume parfaitement cette vie beaucoup plus discrète, très éloignée des stades et de l’exposition qu’il a connue pendant sa carrière.
Il parle d’ailleurs beaucoup du fait de profiter davantage de l’instant présent. Avec le recul, les blessures, les frustrations et une fin de carrière compliquée prennent moins de place que tout ce que le rugby lui a permis de vivre pendant près de quinze ans.
J’ai vraiment passé un super moment avec Julien. Derrière son côté très tranquille, j’ai surtout trouvé quelqu’un de simple, drôle, intelligent et très agréable, avec beaucoup de recul sur ce qu’il a vécu. Un vrai bon gars, dans le meilleur sens du terme, qui semble aujourd’hui avoir trouvé un équilibre qui lui ressemble, autour de sa famille, de ses passions et d’une vie beaucoup plus discrète.
Bonne écoute !
#38 – Cécile Grès, le partage de l’instant – Vivre ses émotions