Chez les Gelez, Tyrosse est bien plus qu’un endroit où l’on habite. Le grand-père de François a été dirigeant et soigneur de l’UST, son père joueur, entraîneur et dirigeant, son oncle joueur, tandis que sa grand-mère s’occupait des supporters. Ses parents ont beau avoir une maison à Tosse, toute la vie familiale se déroule à Tyrosse. François le dit lui-même : ils sont « nés rouges et bleus ». Ses idoles ne sont d’ailleurs pas à la télévision, mais sur le terrain municipal lorsqu’il va voir jouer l’équipe première.
Son père ne l’enferme pourtant pas dans le rugby. François fait de l’athlétisme et surtout beaucoup de golf, qu’il pratique en compétition entre 10 et 16 ans. Il participe même aux championnats de France et garde encore aujourd’hui une véritable passion pour ce sport. Mais le rugby finit par prendre toute la place.
Il commence très jeune à Tyrosse et rencontre un éducateur qui va énormément compter dans sa construction, Michou Perri. Ancien entraîneur de l’équipe première, celui-ci récupère cette génération à l’école de rugby et l’accompagne jusqu’aux juniors. À 17 ans, François est appelé avec l’équipe première et se retrouve quelques jours plus tard à jouer à Marmande avec ceux qu’il regardait encore avec de grands yeux quelques années auparavant. Le brassard de capitaine suivra rapidement, dans la continuité d’un rôle qu’il occupait déjà naturellement chez les jeunes.
Agen, pour le meilleur et pour le pire
À 20 ans, plusieurs clubs s’intéressent à lui. Dax est difficilement envisageable pour le Tyrossais qu’il est, Bègles constitue une autre possibilité, mais c’est finalement Agen qu’il choisit. Le SUA vient jusqu’à chez ses parents pour le convaincre et rassure notamment son père sur la possibilité de poursuivre ses études en parallèle. François rejoint ainsi le Lot-et-Garonne en 1999 et ne portera plus d’autre maillot dans le rugby professionnel.
Il découvre un club immense, mais aussi une institution qui va connaître de sérieux problèmes financiers. Dès sa deuxième saison, les joueurs acceptent une baisse de salaire pour participer à l’effort collectif et éviter que le SUA ne disparaisse. Quelques mois plus tard, alors que l’équipe est annoncée parmi celles qui devraient lutter pour le maintien, elle réalise une saison exceptionnelle. Agen élimine Toulouse en demi-finale et se retrouve au Stade de France face à Biarritz pour le titre de champion de France 2002.
Cette finale perdue reste encore aujourd’hui un souvenir douloureux pour François. Il parle de cette frustration qui revient lorsqu’il voit d’autres joueurs soulever le Bouclier, mais aussi de la chance d’avoir connu une émotion sportive aussi forte. Cette période lui ouvre également les portes du XV de France. Il connaîtra huit sélections et affrontera notamment l’Afrique du Sud et les All Blacks.
La suite sera beaucoup moins linéaire. Les blessures prennent davantage de place et Agen traverse des saisons très différentes, jusqu’à une relégation en Pro D2 que personne n’avait réellement vue venir. François assume sa part de responsabilité dans cet échec et revient longuement sur les choix, les méthodes d’entraînement et les changements qui ont progressivement fragilisé une équipe encore capable, dans le même temps, de battre de grandes formations européennes.
Il restera pourtant jusqu’au bout. Lors de sa dernière saison comme joueur, le SUA termine premier de Pro D2 et retrouve l’élite. Au même moment, François a déjà commencé à entraîner les Espoirs. Il reproduit avec eux une partie de ce qu’il vit quotidiennement avec les professionnels et découvre un métier dans lequel il va finalement rester.
Transmettre une culture
Sa reconversion va le conduire de la formation agenaise à Perpignan, puis le ramener à Tyrosse. Ce retour aux sources lui permet notamment de travailler avec les jeunes du club dans lequel il a lui-même grandi. François défend une idée simple : lorsqu’un club affirme vouloir former ses joueurs, il doit ensuite leur donner la possibilité d’aller au bout du chemin. Il assume donc de privilégier les jeunes du cru plutôt que de multiplier les recrutements, quitte à attendre plusieurs saisons avant d’en récolter les fruits.
Lorsqu’il quitte Tyrosse pour Clermont en 2024, plusieurs de ceux qu’il a accompagnés participent aux réussites du club. C’est d’ailleurs lorsqu’il parle de formation que François évoque l’une de ses plus grandes fiertés : voir des joueurs passés par les structures dont il s’est occupé finir par faire gagner l’équipe première, à Agen comme à Tyrosse.
À Clermont, il retrouve aujourd’hui un équilibre qui lui convient. Il travaille avec les jeunes tout en restant au contact du rugby professionnel, de sa stratégie et de ses méthodes, sans forcément rechercher à tout prix la place de numéro un. Ce qui l’intéresse reste avant tout de comprendre, de réfléchir et de transmettre.
« Chez moi, le rugby et la tauromachie sont les deux faces d’une même pièce. Je ne cherche à convaincre personne, mais les toros font aussi partie de ce que je suis. »
Et cette culture landaise occupe une place immense dans sa vie. François est profondément attaché à Tyrosse, mais aussi à l’Espagne et à la tauromachie. Il en parle sans chercher à convaincre, simplement comme d’un élément de son histoire et de son identité. C’est aussi ce qui rend cet échange particulièrement intéressant : on parle énormément de rugby, bien sûr, mais aussi de sport au sens large, de transmission, d’éducation et de culture.
François est un vrai passionné, curieux de comprendre pourquoi certaines équipes gagnent, pourquoi certains sportifs atteignent des sommets et ce qui permet de transmettre une identité d’une génération à l’autre. Il porte aussi un regard particulièrement lucide sur son propre parcours, ses réussites comme ses échecs. Notre échange a été dense et passionnant. En bref, je me suis régalé en sa compagnie.
Bonne écoute !