Serge n’a jamais eu besoin de parler fort pour se faire entendre.
Il y a chez lui un côté réfléchi, cartésien, presque réservé, qui contraste avec une vie passée dans un rugby où il faut constamment décider, convaincre et entraîner les autres avec soi. Avant d’en faire son métier, tout commence pourtant très simplement dans les Hautes-Pyrénées.
Il grandit à Tostat, dans un milieu rural auquel il reste profondément attaché. Son père est maçon, sa mère secrétaire et ses grands-parents sont issus du monde agricole. Le rugby fait partie de son enfance : il commence très jeune à Vic-en-Bigorre, puis rejoint à l’adolescence le Stadoceste Tarbais, où il fera ses premiers pas avec l’équipe première.
À 21 ans, il rejoint Auch et y passe dix saisons. Lannemezan suit, puis Colomiers, où il retrouve son grand ami Jacques Brunel. Cette dernière étape de sa carrière de joueur lui permet notamment de remporter la Conférence Européenne en 1998 et de disputer une finale de H-Cup l’année suivante. Mais c’est aussi là que commence une autre partie de son histoire avec le rugby.
Comprendre avant de transmettre
Une fois passé de l’autre côté de la ligne, Serge ne se contente pas de reproduire ce qu’il a connu comme joueur. Il cherche à comprendre, à faire évoluer ses méthodes et à donner du sens à ce qu’il demande. Cette réflexion va l’accompagner pendant toute sa carrière d’entraîneur.
À Colomiers, il participe à une finale de championnat avant de rejoindre La Rochelle en 2004. Le club traverse alors une période délicate et son passage va durer sept saisons. Année après année, le Stade Rochelais se structure, retrouve de l’ambition et finit par remonter en Top 14. Il raconte notamment cette finale d’accession perdue en 2007, mais aussi ce qu’elle provoque autour du club : un stade entièrement acquis aux Jaune et Noir, une ville qui prend conscience de ce qui peut se construire et de nouveaux moyens qui arrivent progressivement.
La suite le mène à Biarritz puis à Castres, où il retrouve notamment David Darricarrère, avec qui il avait déjà travaillé plusieurs années à La Rochelle. Ces expériences lui permettent aussi d’observer les transformations du rugby professionnel et celles du métier d’entraîneur, avec les exigences et les sacrifices que cette vie impose.
Parler de lui ne lui vient pas naturellement, il le reconnaît d’ailleurs dès le début de notre échange. En revanche, lorsqu’il est question de rugby, de management ou de transmission, sa réflexion est précise et ses convictions bien installées.
Le partage avant tout
Après avoir quitté le rugby professionnel, il s’installe sur la côte basque et se tourne vers la rénovation immobilière. Le changement peut sembler radical, mais il y retrouve quelque chose qui lui correspond : voir concrètement ce qu’il construit et redonner vie à des lieux en reprenant parfois presque tout de zéro. Il parle d’ailleurs de son besoin de donner du sens à ce qu’il fait.
Cette nouvelle vie lui permet également de retrouver davantage de temps pour ses proches, après des années durant lesquelles le métier d’entraîneur a énormément occupé son quotidien.
« Quand on entraîne, on ne pense qu’aux autres et on s’oublie parfois un peu, au point d’en négliger nos proches. Maintenant, j’ai envie de rendre à ma famille ce que je ne lui ai pas donné durant ces années. »
À Saint-Jean-de-Luz, le rugby lui permet désormais de transmettre autrement. Il accompagne le club dans sa progression de la Fédérale 2 jusqu’aux premières places de Nationale 2 et veut surtout mettre son expérience au service des plus jeunes, pour les aider à devenir de meilleurs joueurs, mais aussi à se construire en dehors du terrain.
J’ai beaucoup aimé la manière dont Serge se livre au fil de notre échange. Il est réfléchi, cartésien, jamais dans les grandes déclarations, mais ses convictions sont bien installées, qu’il parle de son métier d’entraîneur, de transmission, de travail ou plus simplement de la vie.
Il n’est pas du genre à parler fort, mais il sait très bien se faire entendre.
J’ai passé un magnifique moment en sa compagnie.
Bonne écoute !