Pour Hervé, le rugby n’a jamais vraiment été un sport parmi d’autres. Enfant à Montsaunès, dans le Comminges, il en fait très vite son principal centre d’intérêt, au point d’apprendre par cœur les magazines spécialisés, les compositions des équipes, les mensurations et même les métiers des joueurs. Il commence à six ans au Mazères-Cassagne Sports avec son frère et revient de son premier entraînement avec un œil au beurre noir et une entorse aux doigts. Son père pense peut-être que l’expérience s’arrêtera là, mais c’est exactement l’inverse qui se produit : Hervé est immédiatement mordu.
Dans ce coin du Comminges, le club occupe une place importante dans la vie locale et Hervé va y passer douze ans. Comme tous les gamins de sa génération, il peut rêver du plus haut niveau, mais certainement pas d’une carrière professionnelle puisque celle-ci n’existe tout simplement pas encore. Lui-même le résume avec une formule qui dit beaucoup de la suite : il aura finalement vécu plus que ce qu’il pouvait rêver.
Se faire une place parmi les grands
Hervé n’est pas forcément le joueur le plus doué de sa génération, mais il travaille, progresse et finit par attirer l’attention du Stade Toulousain, qu’il rejoint peu avant ses vingt ans. Il passe d’abord par la Nationale B et prend le temps de gagner sa place avant de s’installer avec l’équipe première.
La patience sera largement récompensée. Avec Toulouse, il remporte le Challenge Yves du Manoir, trois titres consécutifs de champion de France et participe à la victoire lors de la toute première Coupe d’Europe en 1996. Le gamin de Montsaunès qui dévorait les magazines de rugby se retrouve ainsi au cœur d’une des périodes les plus marquantes de l’histoire du club.
En 1998, il quitte le Stade Toulousain pour rejoindre Colomiers. Il y participe là encore à une période exceptionnelle, avec notamment une victoire en Conférence européenne puis deux finales, en Coupe d’Europe et en championnat. En 2003, Hervé s’éloigne pour la première fois de la région toulousaine en rejoignant Biarritz, avant de terminer sa carrière à Béziers en 2006.
Mais lorsqu’il regarde aujourd’hui toutes ces années, les trophées ne semblent pas être ce qui compte le plus. Hervé parle surtout de ce que le rugby lui a permis de vivre, des rencontres, des émotions et des personnes croisées en chemin. Le terrain et le ballon ont été le moyen de vivre tout cela bien davantage qu’une finalité.
« Si le Bouclier de Brennus est si grand, c’est pour que beaucoup de mains puissent le toucher. Quand tu as le bonheur de le remporter, tu te dois de le partager ! »
Cette façon de parler du Brennus correspond assez bien à la manière dont il envisage son parcours. Un titre n’a de valeur que parce qu’il est vécu avec d’autres et peut être partagé, bien au-delà des seuls joueurs présents sur le terrain.
La curiosité comme moteur
La fin de sa carrière ne met d’ailleurs pas un terme à cette envie de découvrir. Hervé s’intéresse à énormément de choses et son après-rugby l’amène à explorer des univers qui peuvent sembler très éloignés les uns des autres, du développement personnel aux énergies renouvelables. Sa curiosité n’a rien d’une posture : il aime comprendre, apprendre, confronter les idées et réfléchir à ce que les expériences peuvent apporter aux individus comme aux groupes.
C’est aussi pour cela que notre échange dépasse largement le simple récit d’une carrière de joueur. Nous parlons évidemment de rugby, du Stade Toulousain, de Colomiers et de tous les moments forts qu’il a vécus, mais la conversation nous emmène également vers des sujets beaucoup plus larges autour de l’humain, du collectif, du management ou encore de la manière dont chacun construit son chemin.
Et c’est probablement ce qui m’a le plus plu chez Hervé. Il est profondément curieux, ouvert à énormément de sujets et capable de prendre beaucoup de recul sur ce qu’il a vécu. Notre échange a duré plus de trois heures, ce qui pourrait sembler énorme, mais je peux vous garantir qu’il ne parle pas pour ne rien dire. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à découvrir l’homme derrière le joueur que j’avais connu lorsque j’étais plus jeune et que je suivais le Stade Toulousain depuis mon Comminges.
La richesse de notre conversation est à l’image du personnage : généreuse, curieuse et profondément humaine.
Bonne écoute !