Érik a toujours eu du mal à rester en place. Enfant à Portet-sur-Garonne, il court partout, ne fait pas la sieste et se décrit lui-même comme un gamin gentil et affectueux, mais particulièrement remuant. Dès qu’il y a un ballon, un jeu ou une confrontation, il est partant. Le rugby est déjà bien présent à la maison puisque son père a joué pilier au TOEC, club dans lequel Érik fait à son tour ses classes. Après les matchs du Tournoi, il retrouve notamment son voisin Christophe Deylaud pour rejouer ce qu’ils viennent de voir à la télévision.
Il y bénéficie d’éducateurs qui lui donnent très tôt le goût du jeu, une approche qu’il retrouve ensuite lorsqu’il intègre le sport-études de Béziers et découvre Raoul Barrière, dont la vision du rugby va beaucoup compter dans sa formation. Tout va déjà très vite : Érik rejoint l’équipe première alors qu’il est encore adolescent, devient international B puis intègre le Stade Toulousain une fois son bac obtenu.
Au cœur du renouveau toulousain
Lorsqu’il arrive au Stade Toulousain, le club n’est pas encore la machine à gagner qu’il deviendra par la suite. Érik va participer à cette période où Toulouse retrouve les sommets du rugby français, dans une équipe qui correspond parfaitement au joueur qu’il est : rapide, instinctif et tourné vers le jeu.
Les titres arrivent et ses performances lui ouvrent rapidement les portes du XV de France. L’année 1987 occupe forcément une place particulière dans son parcours. Il remporte le Grand Chelem et termine meilleur marqueur d’essais du Tournoi des Cinq Nations, avec notamment un triplé contre l’Écosse, avant de participer quelques mois plus tard à la première Coupe du monde de l’histoire. La France atteint la finale.
Sa carrière internationale et son parcours en club seront pourtant marqués très tôt par de sérieuses blessures. Elles l’empêchent parfois de profiter pleinement de cette période, mais ce qui frappe lorsqu’Érik en parle aujourd’hui, c’est l’absence de rancœur. Il raconte ce qu’il a vécu, les bons moments comme les plus difficiles, sans passer son temps à imaginer ce qui aurait pu se produire autrement.
Après une dizaine d’années au Stade Toulousain, il rejoint le Racing Club de France, puis revient dans la région à Colomiers avant de terminer sa carrière là où il avait vécu l’essentiel de ses grandes années, au Stade Toulousain. Lorsqu’il arrête en 1997, son palmarès compte notamment trois Boucliers de Brennus, un Challenge Yves du Manoir, une Coupe de France, trois Tournois des Cinq Nations et cette finale mondiale de 1987.
Toujours regarder devant
Le rugby n’a jamais vraiment quitté sa vie. Érik a travaillé dans les assurances, s’est lancé dans l’entrepreneuriat et a également retrouvé les terrains depuis les tribunes et les cabines de commentateurs. Ses fils, Hugo et Arthur, ont eux aussi prolongé l’histoire familiale en devenant joueurs professionnels.
Mais ce que j’ai surtout retenu de notre échange dépasse largement son palmarès. Érik est un éternel optimiste. Il a connu les blessures, les périodes plus compliquées et les déceptions que peut réserver une carrière de haut niveau, mais il ne donne jamais l’impression de vouloir s’y attarder. Il préfère parler de ce qu’il a eu la chance de vivre, des personnes rencontrées et de ce qui vient ensuite.
« Quand on se retrouve entre “vieux”, le naturel resurgit immédiatement ! Le râleur, le bavard, le taiseux… Chacun retrouve sa place comme si on ne s’était jamais quittés. Le temps n’efface rien ! »
Érik est d’ailleurs resté fidèle au gamin qu’il décrit au début de notre échange : ça bouge, ça parle, ça rigole, avec cette énergie qui semble ne jamais vraiment l’avoir quitté. À l’écouter, on comprend assez vite pourquoi tout est allé à vitesse grand V dans sa vie.
J’ai pris un véritable shoot de bonne humeur en sa compagnie et je me suis RÉ-GA-LÉ, autant pour tout ce qu’il avait à raconter que pour sa façon de le raconter.
Bonne écoute !